vendredi 13 mars 2015

Petit rappel


Marianne Breton Fontaine
Jeunesse militante


Il ne passe pas une journée sans que la vie me rappelle la nécessité du féminisme, quoiqu'en dise la campagne surréaliste de «Women against feminism», une initiative américaine où des femmes publient des photos d'elles-mêmes expliquant pourquoi le féminisme est inutile pour elles. «Je n'ai pas besoin du féminisme, car si je porte un haut comme celui-ci, c'est pour que tu regardes » dit l'une d'entres-elles. «Je n'ai pas besoin de féminisme car j'aime cuisiner pour mon petit copain » dit une autre. C'est drôle, parce que moi, ces arguments, ils me convainquent de la nécessité de continuer la lutte...


Ce matin, ce rappel quotidien s'est fait lorsque j'ai appris que le gouvernement Couillard coupera dans le programme «Chapeau les filles!», programme qui faisait la promotion des études pour les femmes dans des secteurs encore réservés aux hommes, tel que les sciences et l'ingénierie. Pourtant, cette coupe ne fera économiser que de minuscules miettes au trésor public.  Cerise sur le sundae, un peu plus tôt la veille, ce même gouvernement annonçait qu'il volerait au secours de Bombardier si la compagnie le demandait, car la compagnie connaît en ce moment quelques baisses de profits. Y en a-t-il encore qui doute que l'État soit au service d'une classe bien précise ?


Cette coupe budgétaire ne fait que s'ajouter à une longue liste d'attaques; Les CPE, les services de santé, l'éducation, les organismes communautaires, etc. et même  le programme «Égalité pour décider» (programme pour la participation des femmes à la vie politique) y ont passé. Les coupes dans ces organismes auront des impacts disproportionnés sur les femmes.


C'est le genre d'analyse que le Conseil du statut de la femme peut faire lorsqu'il se penche sur les politiques publiques. Mais cet organisme est lui aussi passé à la tronçonneuse de l'austérité. Il a vu son budget largement amputé et se voit maintenant forcé de fermer ces quelques bureaux en région. Comme le soulignait le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes dans un communiqué : «Il semble que l’obsession de ce gouvernement pour imposer à tout prix son programme d’austérité ne connait aucune limite, particulièrement dans son acharnement à s’attaquer aux droits des femmes. Ce gouvernement ne respecte ni le droit des femmes à l’égalité pour toutes, ni sa propre politique qui l’oblige à tenir compte des impacts sur les femmes des mesures budgétaires qu’il met de l’avant, ni les régions dont il est en train de saccager le tissu organisationnel.» Un organisme comme le Conseil du statut de la femme ne peut que mettre des bâtons dans les roues à l'agenda d'austérité. Pire, il aide à formuler des revendications. Du point de vue de Couillard ces femmes, comme toutes les femmes organisées, ne sont que des voix à faire taire.


Depuis les 15 dernières années, les femmes s'appauvrissent. Les regroupements de femmes le voient dans les détails du quotidien. De plus en plus de travailleuses ont recours à l'aide alimentaire. Faut-il répéter encore et encore que les femmes ne gagnent pas à travail égal un salaire égal encore aujourd'hui? Faut-il répéter que les emplois précaires et à temps partiel sont encore majoritairement occupés par des femmes ? Faut-il répéter encore que les enfants et les tâches domestiques sont dans une proportion démesurée sous la responsabilité des femmes ? Des éléments factuels connus qui pourtant doivent sans cesse être répétés.


Même nos chers députés, qui sont pourtant supposés avoir une certaine formation générale, ne semblent pas tous capables d'intégrer ces notions de base sur le caractère sexiste de notre société. Tout récemment, la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) déposait en commission parlementaire son mémoire sur les impacts du projet de loi 28 concernant la mise en œuvre des mesures austéritaires. Le député caquiste André Spénard considérait le rapport de la FFQ comme étant alarmiste. Pour lui, l'égalité était chose acquise et «On ne peut pas faire beaucoup plus que ça», ni «faire juste des lois pour les femmes». Sans gène, il s'adressait à la présidente de la FFQ, Mme. Alexa Conradi, pour lui expliquer qu'il avait tout fait pour impliquer les femmes en politiques, mais qu'elles ne participaient pas malgré ses bons efforts. L'homme terminait son intervention en déplorant l'analyse de la FFQ sur la hausse des agressions sexuelles dans le contexte du développement dans le Nord du Québec. «On n'arrêtera pas les ressources naturelles et l'extraction du minerai de fer, de cuivre, ou l'or, parce qu'il y a plus d'agressions sexuelles dans ce coin-là!». Pour lui, il fallait simplement envoyés plus de policier si le problème existait véritablement.


Répondre à M. Spénard serait répéter encore et encore les bases 101 du féminisme. Mais répéter ne suffit pas, car encore faut-il avoir une tribune. Encore faut-il que le pouvoir politique réagisse aux revendications et aux discours féministes. Encore faudrait-il que nous ayons accès au pouvoir. 

Je me rappelle en 2012 comment le bouillonnement social de la grève étudiante avait permis à des revendications et des discours féministes de refaire surface. Je me rappelle comment ce mouvement avait permis d'impliquer des femmes qui ne l'avaient pas fait avant, des femmes magnifiques dans leur diversité. Je me rappelle les « Pink Blocs ». Je me rappelle les occupations de mamans. Je rêve au printemps et je me répète que la pensée féministe se réalise dans l'action militante.

MOBILISONS-NOUS, SAMEDI LE 14 MARS CONTRE LE BILL C-51!



Partout à travers le Canada, diverses mobilisations des syndicats, des groupes communautaires et étudiants, tout comme des personnes éprises de démocratie, contre le projet de loi omnibus C-51 auront lieu demain, le 14 mars pour une journée pancanadienne d’action. Nous exhortons tous les gens à aider à bâtir, à élargir et renforcer ces évènements dans les diverses localités à travers le pays. Une opposition publique visible au projet de loi anti-démocratique – que les Conservateurs d’Harper veulent faire passer rapidement - est cruciale pour en bloquer l’adoption.

À Montréal, le 14 mars se tiendra la première, et non la dernière, Marche Silencieuse Contre C51. Nous allons visiter le bureau de Justin Trudeau, au 529 rue Jarry Est. Nous demandons à toutes et tous de se fixer un papier collant sur la bouche (votre choix). Cette marche sera symbolique de l’avenir si nous laissons encore une fois un projet de loi nous voler nos droits. Cette fois, nous n’allons pas céder. Nous visons l’abrogation de ce projet de loi, et nous n’arrêterons pas tant et aussi longtemps que ce projet de loi est sur la table. Marchez avec nous; pour votre vie privée, pour vos droits et libertés, pour votre tranquilité d’esprit.

Rassemblement au 285 rue Gary-Carter, au Parc Jarry, à 14h00

Pour tous les événements à travers le Canada en cette journée d'action, voici quelques liens  : 

Bancroft
Barrie
Brantford
Calgary
Castlegar, BC
Charlottetown
Collingwood
Courtenay
Edmonton
Fergus
Fredericton
Hamilton
Kitchener
Lindsay, ON
London
Moncton
Montreal
Nanaimo
Nelson, BC
Newmarket-Aurora
Orangeville
Orillia
Ottawa
Peterborough, ON
Prince George
Regina
Saint John, NB
Salt Spring
Sarnia
Saskatoon
Stratford, ON
Thornton, ON
Toronto
Vancouver
Vernon, British Columbia
Victoria 
Winnipeg
West Kootenays
Windsor

jeudi 12 mars 2015

Lettres ouverte sur le cybersexisme

Jeunesse Militante reproduit ici une lettre ouverte publié sur différent média le 6 mars dernier pour dénoncer le cybersexisme et signée par 45 féministes. Une lettre à lire si ce n'est pas déjà fait. Les propos de cette lettre sont importants et ne doivent pas tomber dans l'oubli. L'intimidation sexiste sur le net continue et vise à faire taire les femmes et les idées féministes. Il faut que cela cesse. La lute continue.



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Nous sommes féministes. Nous partageons nos idées sur le web. Et nous sommes unies par l’expérience de la misogynie latente qui ronge Internet, les médias sociaux, notre vie publique, notre vie privée.

Lorsque nous prenons la parole sur le web, surtout pour dénoncer la violence sous toutes ses formes que subissent les femmes, le retour de bâton s’associe à une pluie d’insultes et de menaces : « Conne », « J’vais te venir dessus », « Féminazie », « Ostie, j’te fourrerais avec ta p’tite jupe», « Sale chienne », « Grosse truie », « Je te cockslaperais jusqu’à ce que tu fermes ta yeule », « Tu mérites de te faire gang raper », « Tu ne devrais pas avoir le droit de te reproduire », « Impossible qu’elle se fasse pénétrer par un homme sans qu’elle crie au viol », « Fermez don’ vos gueules… pendant qu’elles ferment encore! » Ceci n’est qu’un échantillon du refrain entonné ad nauseam par les graphomanes misogynes qui sévissent sur la Toile. Ces mots témoignent d’un sexisme, d’un antiféminisme, voire d’une haine des femmes si répandue qu’ils frôlent désormais la banalité.

Le cybersexisme est omniprésent dans les conversations en ligne. Il imprègne les fils de commentaires sur les réseaux sociaux et sur les blogues, partout où les femmes prennent la parole dans l’espace public virtuel. Il prend diverses formes : paternalisme, infantilisation, « mansplaining », surveillance, attaques personnelles, « slut-shaming », « fat-shaming », diffusion publique de données personnelles, attaque à l’intégrité physique, menace de viol et de mort, etc. Cette violence misogyne prend une consonance particulière quand elle s’exerce avec des accents racistes, islamophobes, xénophobes, transphobes ou lesbophobes.

De telles attaques cherchent intentionnellement à humilier et à effrayer les femmes pour les exclure du débat public, les museler ou les réduire à la plus simple expression du préjugé culturel et des stéréotypes de genre auxquels on les associe.

Certes, cela n’a rien de nouveau : le sexisme précède l’écran. L’écran offre toutefois des possibilités de techniques nouvelles à l’expression de la haine envers les femmes. Les canaux sont multiples : mots-clics, sites web, tribunes médiatiques, pages Facebook, événements… Souvent, l’anonymat permet à la misogynie de se répandre en toute impunité.

Les recours sont restreints. Répondre aux commentaires sexistes demande beaucoup d’énergie. L’antiféministe de fond moyen considère toute réaction sur le web à ses propos comme l’acte d’une hystérique. Retirer leurs commentaires ? Il s’en trouvera pour parler de censure : comme si la liberté d’expression incluait l’injure et les discours haineux. Porter plainte ? Quoiqu’une menace soit toujours virtuelle, une menace issue du web sera traitée avec peu de sérieux. Tout se passe comme si le cybersexisme était socialement acceptable, normal, et qu’y réagir était la pire des choses à faire : « ignore-les », « t’as pas la couenne bien dure », «t’as pas le sens de l’humour», «parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en ». La violence bien réelle que subissent les femmes dans l’espace virtuel est banalisée, et les auteurs de cette violence disculpés.

Nous déplorons cette situation et demandons à ce que la prise de parole des femmes de tout horizon soit respectée. Le web et les réseaux sociaux sont des lieux hostiles aux femmes, surtout lorsqu’il s’agit d’exprimer des idées féministes. Pourtant, ces lieux d’expression sont de plus en plus déterminants : nous en éloigner est brimant et limitatif. Nous souhaitons qu’une discussion collective s’engage afin de faire du web un lieu respectueux pour chacune.

Aussi, il nous appert que les comités éditoriaux des médias sur les plateformes numériques jouent un rôle crucial dans la lutte contre le cybersexisme. Nous les interpellons aujourd’hui en soulignant leur responsabilité sociale dans la création d’un environnement sain pour le débat. Nous suggérons l’adoption de politiques concernant les contenus publiés et une pratique adéquate de la modération favorisant le dialogue entre collaboratrice et lectorat. La cyberviolence est un phénomène grave, qui, combiné au sexisme, nuit à la diversité éditoriale.

Rappelons également que le Code criminel canadien contient des dispositions relatives aux discours haineux reposant sur des motifs liés à la race, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, l’appartenance religieuse, mais aucune sur la discrimination sur le genre. Il n’y a pas d’outil pour contrer la propagande haineuse à caractère sexiste, notamment sur Internet. Il est temps que les femmes disposent d’outils légaux pour se défendre et que des modifications soient apportées à la Loi.
La violence misogyne, l’intimidation et le sexisme en ligne doivent être traités avec le même sérieux que n’importe quelle autre forme de discours haineux. Ce n’est présentement pas le cas. Donnons-nous les outils pour dénoncer cette tendance. Ensemble, nous pouvons faire en sorte que la violence sexiste 2.0 soit renversée au Québec.

Signataires :

  • Ericka Alneus
  • Dalila Awada
  • Isabelle Baez
  • Magenta Baribeau
  • Marie-Andrée Bergeron
  • Mélissa Blais
  • Marie-Anne Casselot
  • Léa Clermont-Dion
  • Alexa Conradi
  • Marielle Couture
  • Sissi de la Côte
  • Martine Delvaux
  • Elise Desaulniers
  • Toula Drimonis
  • Emilie E. Joly
  • Catherine Gendreau
  • Véronique Grenier
  • Roxanne Guérin
  • Marilyse Hamelin
  • Johanne Heppell
  • Marie-Christine Lemieux-Couture
  • Sarah Labarre
  • Sophie Labelle
  • Aurélie Lanctôt
  • Widia Larivière
  • Valérie Lefebvre-Faucher
  • Judith Lussier
  • Ikram Mecheri
  • Rim Mohsen
  • Isabelle N. Miron
  • Mélodie Nelson
  • Emilie Nicolas
  • Françoise Pelletier
  • Geneviève Pettersen
  • Elizabeth Plank
  • Marianne Prairie
  • Sandrine Ricci
  • Caroline Roy Blais
  • Annelyne Roussel
  • Tanya St-Jean
  • Carolane Stratis
  • Josiane Stratis
  • Kharoll-Ann Souffrant
  • Emmanuelle Walter
  • Cathy Wong
  • Lora Zepam
Blogues/Organisations
  • Assignée garçon
  • Feminada
  • Françoise Stéréo
  • Je suis féministe
  • Je suis indestructible
  • La semaine rose
  • Mauvaise Herbe
  • Mots dits (Journal Mobiles)

MANIF-ACTION CONTRE LE SALON NATIONAL DE LA FEMME DE MONTRÉAL

Femmes Unies Contre l’Austérité (FUCA) dénonce comment les femmes, sont davantage touchées par les compressions budgétaires et les hausses de tarifs que les hommes. Au moment même où nous nous organisons en non-mixité contre ces attaques capitalistes, le Salon national de la femme, « le plus important événement au Québec présentant des produits uniques et passionnants destinés aux femmes ! » aura lieu, non sans coincidence, une semaine après la journée internationale des femmes.

Trop laide ? Trop grosse ? Trop pauvre ? Ridée ? Boutonneuse ? Mal habillée ? Cette «sortie ultime entre filles ! » a tout ce qu’il vous faut pour vous aider à devenir plus séduisante, plus blanche, plus mince et plus émancipée grâce à votre pouvoir d’achat !

Cet « événement national qui attire le consommateur no1 dans le monde - les
femmes ! » est non seulement catalyseur d’une insécurité perpétuelle, mais le lieu d’une exploitation économique spécifique aux femmes qui nous permet de croire qu’il s’agit du leurre idéal pour nous distraire de notre lutte contre l’austérité.

Nous dénonçons la tenue de ce cirque capitaliste qui profite des standards de beauté patriarcaux pour vendre aux femmes une panoplie de « solutions » à un problème fictif aux conséquences bien réelles.

Nous tenons aussi à souligner la participation de Jean Airoldi, l’animateur du cauchemar télévisuel « Quel âge me donnez-vous ? », qui se fera sans doute un plaisir de comparer nos corps à une salade de fruits et de nous faire acheter du linge fucking laid.

Nous, les femmes, on est pauvres, on se fait couper nos heures, nos payes, nos services, nos garderies et ce qu’on trouve de mieux pour nous inspirer c’est Jean Airoldi ?!%?

Au nom de toutes les trop moches, trop grosses, trop boutonneuses, mal maquillées, ridées, mal habillées, Va chier Jean Airoldi! toé pis ta boîte en vitre!

Perturbons le salon ! Amenez vos bannières !

Guerre aux mesures d’austérité ! Guerre au patriarcat ! Guerre au capital !

Ou : Palais des Congres, rue viger
Quand: vendredi 14 mars 17h00
FB : https://www.facebook.com/events/1398697623772975/