mardi 25 décembre 2018

Uchronie de la nativité : et si Jésus était né aujourd’hui?

Adrien Welsh

On raconte que Jésus srait né un 25 décembre à Bethléem, et c’est pour cette raison que des millions de personnes à travers le monde célèbrent Noël. Cette interprétation de l’histoire est évidemment fausse : la fête de Noël n’est que l’œuvre d’une tentative de syncrétisme entre les religions païennes de la Rome antique (qui célébraient les Saturnales autour du solstice d’hiver) remplacées par la célébration de la naissance de Jésus, prophète du Christianisme.

Mais qu’à cela ne tienne, tentons un exercice plutôt fantaisiste pour cette journée de fête célébrée par beaucoup plus que les seuls Chrétiens. Imaginons, l’espace d’un instant que Jésus était né aujourd’hui, en 2018. Quelle vie aurait-il? Quels seraient ses perspectives d’avenir? Quelles seraient, enfin, les chances qu’il devienne prophète d’une nouvelle religion?

D’emblée, il faut reconnaitre qu’il s’appellerait probablement Issa et qu’il serait Palestinien puisqu’il serait né à Bethléem, une ville aujourd’hui entourée du mur de séparation construit par Israël dans les années 2000 à la suite de la 2e Intifada.

Son père, Joseph, un humble charpentier, devrait probablement, comme 70 000 travailleurs palestiniens, emprunter le parcours du combattant pour se rendre au travail à Jérusalem. Même si la ville est située à une dizaine de kilomètres de Bethléem, il devrait se réveiller aux aurores pour franchir le Checkpoint 300 vers 6h du matin pour pointer au travail à 7h au plus tard, faute de quoi il serait renvoyé. Il devrait sans doute payer une somme colossale pour obtenir un permis de travail, soit un tiers de son salaire mensuel environ.

Pour le jeune Issa, l’école ne lui apprendrait pas seulement à compter, à lire ou à écrire, mais aussi la dure réalité de l’occupation, de l’apartheid israélien et de la guerre. Entre les colons et les soldats israéliens qui font irruption dans certaines écoles, le ministère palestinien de l’Éducation chiffre à 80 279 le nombre d’enfants attaqués par des colons ou des militaires israéliens en 2017. Ces attaques sont beaucoup plus que de simples cas d’intimidation : durant la même période, 9 élèves ont été tués au cours de 352 attaques israéliennes contre 95 écoles.

Malgré ce danger, Marie et Joseph insisteraient sans doute, comme tous parents palestiniens, pour que leur fils continue ses études. En effet, la Palestine est l’un des pays du monde arabe avec le plus haut taux de diplomation, ce qui n’est guère étonnant compte tenu qu’il s’agit sans doute de la seule façon de se sortir de la misère.

Cependant, lors de sa formation, il en viendrait certainement à se questionner, et probablement, comme plusieurs jeunes Palestinien.nes, à se révolter. Il serait en tout cas plus plausible de penser qu’il ferait partie de ces 700 mineurs palestiniens qui, chaque année, sont écroués dans les geôle israéliennes que de croire qu’il aurait la possibilité de se retirer dans le désert le temps d’avoir une révélation, sans compter que comme palestinien, très minces sont les chances qu’on lui laisse la possibilité de crapahuter au milieu du Néguev.

Si on prêtait les qualités qu’on lui vante dans la tradition ecclésiastique (paix, amour, justice, compassion, etc.), on peut faire le pari que dans la situation actuelle, il ferait partie de cette jeunesse palestinienne qui lutte contre l’occupation israélienne, contre l’apartheid dont elle est victime et contre l’état de siège permanent contre l’embryon d’État palestinien que perpétue Israël.

Plutôt qu’un prédicateur religieux qui tente de sauver les âmes dans le but d’un paradis céleste, il serait sans doute plus intéressé à lutter pour bâtir un monde meilleur sur terre, à commencer par son coin de pays. Peut-être serait-il un Marwan Barghouti, ou plutôt quelqu’un comme George Ibrahim Abdallah? Ou encore un symbole de la résistance, au combat contre la barbarie impérialiste et pour la paix comme Abou Amar (Yasser Arafat)? Ou peut-être tout simplement un parmi des milliers d’autres combattant.es pour la Palestine?

Quoi qu’il en soit, s’il avait à mourir sur la croix qu’il a portée, ce ne serait sans doute pas pour un Dieu, mais pour la libération de son peuple.

C’est ce que je propose que nous célébrions aujourd’hui. À défaut de célébrer un Noël blanc (référence culturelle plutôt que météorologique), c’est-à-dire un Noël basé sur une iconographie d’un Jésus à notre image (blondinet aux yeux bleus, à l’air typiquement européen), célébrons un Noël qui rend hommage à ceux qui luttent que ce soit en Palestine, mais aussi partout ailleurs.








Aucun commentaire: