lundi 1 février 2010

Rachel, un documentaire de Simone Bitton

Rachel

PRÉSENTÉ DÈS LE 29 JANVIER au Cinéma du Parc

23 ans. Américaine. Pacifiste. Écrasée par un bulldozer de l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Pourquoi?

Ce film est une enquête cinématographique sur la mort de la pacifiste américaine Rachel Corrie. Rachel avait 23 ans quand, en mars 2003, elle a été écrasée par un bulldozer D9 israélien dans le sud de la bande de Gaza, à Rafah. Ce bulldozer blindé démolissait une maison palestinienne. Et la jeune Américaine essayait de l’en empêcher avec des compagnons d’un mouvement international non violent. Rachel était une jeune personne idéaliste et courageuse, horrifiée par les terribles injustices que subissent les habitants de Gaza. Elle ne voulait pas de mal à Israël. Elle refusait tout simplement l’idée que l’armée israélienne puisse détruire les maisons de centaines de résidents palestiniens pour assurer la sécurité de son territoire. Simone Bitton enquête sur cette mort et sur la vie qui l’a précédée, alternant les images prises sur le vif et les interviews réalisées quatre ans plus tard.

La réalisatrice, qui est née au Maroc puis est devenue israélienne et française, continue sa chronique de la Palestine occupée et d’Israël, l’occupant. Elle alterne les images apaisées – interviews des compagnons de Rachel, des Palestiniens témoins et aussi des Israéliens, ceux qui étaient là et ceux qui ont enquêté – et celles, agitées, des événements : violence routinière de l’occupant. Au-delà du conflit, elle dépeint avec acuité l’engagement de ces jeunes venus d’un Occident heureux et vert, qui ont vécu avec les Palestiniens de Gaza et ont lutté pour leurs droits avec des haut-parleurs et leur volonté comme seules armes. Rachel, c’est aussi la réalité quotidienne de l’occupation vécue par d’autres jeunes : les soldats israéliens.

À voir également au Cinéma du Parc, du 15 janvier au 28 février :

l'exposition de photographies "DRAME HUMAIN À GAZA"



L’humanitaire au service du capital, le cas de Haïti.

Mohamed BELAALI

(Article extrait de "legrandsoir.info")

clinton haitiUne fois encore le cas de Haïti vient de démontrer d’une manière éclatante combien l’humanitaire est au service du capital. Tous les pays impérialistes, grands et petits, se sont précipités comme des vautours, au nom de l’humanitaire, sur la tragédie de ce petit pays. Que voit-on sous nos yeux ? D’un côté l’armée américaine, avec ses boys surarmés, qui se déploie dans les rues de Port-au-Prince, qui contrôle l’aéroport de la capitale haïtienne et tous les axes stratégiques. De l’autre, des survivants, hommes, femmes et enfants hagards, affamés et assoiffés qui errent à la recherche d’un introuvable point d’eau, d’une introuvable nourriture. Les uns cherchent à occuper le pays, les autres tentent, vaille que vaille, à survivre au milieu des cris des blessés et des cadavres jonchés à même le sol ou enfouis sous des bâtiments effondrés. Si les troupes américaines sont arrivées dès les premières heures du séisme, la population, elle, attend toujours dans des conditions inhumaines cette fameuse « aide humanitaire ». Huit jours après le séisme, des centaines de milliers de sans-abris vivent dans des campements improvisés ou comme le dit l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) « dans des abris de fortune, sans accès à des réseaux d’eau ». La rapidité des vols des avions et la rotation des hélicoptères militaires contraste avec la lenteur des secours. Dans les petites villes avoisinantes de la capitale haïtienne, « l’aide humanitaire » est totalement absente.

Et c’est la population elle- même, à mains nues puisqu’elle manque de tout, qui a procédé aux secours d’urgence loin des caméras et du battage médiatique hypocrite. C’est cette même population c’est à dire des rescapés, dans le dénuement total, qui luttent contre la mort, qui sont traités par les grands médias occidentaux de pillards, de bandits, d’émeutiers etc. Ce sont peut-être ces « émeutiers » des quartiers populaires que les américains et leurs caniches européens craignent le plus. Car l’émeute peut se transformer en révolte et celle-ci en résistance à l’occupant.

Barack Obama en compagnie de Bill Clinton et même de Bush promet au peuple haïtien de rester à ses côtés « aujourd’hui, demain et à l’avenir ». Les GI ne sont donc pas prêts à quitter le sol de ce pays qu’ils occupent au nom de l’humanitaire mais en toute illégalité.

ONG, entreprises multinationales, artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques sont ainsi enrôlés dans cette sinistre opération coordonnée par un commandement militaire. « La coopération s’opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d’assurer le rôle de leader (...) le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l’acteur civil et humanitaire » disait Stéphane Sisco membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde (1). Aujourd’hui à Haïti rien n’échappe à l’œil vigilent du Pentagone. C’est lui qui contrôle, coordonne, dirige et refoule ; il est le maître de la situation. 10 000 soldats, des navires de guerre dont un porte-avion nucléaire, des hélicoptères en tout genre une base militaire permanente au nord de Port-au Prince etc. sont à la disposition du général Ken Keen qui n’est que l’exécutant des ordres du pentagone.

L’aide humanitaire est évidemment la mission officielle de cette armada : « Notre mission est de fournir une assistance humanitaire », déclarait à l’AFP le colonel Pat Haynes. C’est d’ailleurs le président de l’USAID, agence gouvernementale américaine d’aide au développement, qui a accompagné samedi 16 janvier 2010 Hillary Clinton dans son voyage à Haïti pour accomplir cette noble mission humanitaire. « Nous travaillons de concert avec la constellation d’organisation non gouvernementales qui s’efforcent depuis des années d’améliorer la vie du peuple haïtien. (...) L’argent afflue à la Croix-Rouge et dans d’autres organisations humanitaires » soulignait de son côté Barack Obama président des États-Unis dans un texte publié par Newsweek et Le Monde du 20 janvier 2010.

Les multinationales dont la brutalité exercée sur leurs propres salariés est quotidienne(exploitation, conditions de travail insupportables etc) se métamorphosent en entreprises philanthropiques et envoient, dans un élan de générosité, des millions d’euros ou de dollars aux pauvres haïtiens. Ainsi des banques comme la Société Générale ou le Crédit Agricole, après avoir distribué à leurs dirigeants et « collaborateurs » de substantiels bonus et autres stock options, se sont engagées à envoyer 1 million d’euros aux sinistrés du tremblement de terre. France Telecom, dont la direction des relations humaines a poussé au suicide nombre de ses salariés, a lancé par le biais de sa filiale Orange et en collaboration avec les autres opérateurs Mobile une campagne de récolte de dons par SMS. EADS, célèbre groupe aéronautique pour ses scandales financiers, prête à l’association Action contre la faim un gros porteur A 340 pour porter secours aux haïtiens.

Pour ces entreprises et pour bien d’autres qui participent à cette grande messe humanitaire, le drame haïtien est utilisé, avec beaucoup de cynisme, comme opération de relations publiques. L’humanitaire constitue, pour elles, une aubaine qui leur permet, à peu de frais, d’améliorer leur image de marque bien ternie par des scandales multiples et par leur attitude inhumaine vis à vis de leurs propres salariés.

Quant aux grands médias, notamment la télévision, la tragédie haïtienne est un show rentable qui permet d’augmenter l’audimat et d’engranger des recettes publicitaires en exploitant, eux-aussi, la compassion et la générosité des téléspectateurs. Elle leur permet, par ailleurs, de ne pas parler ou de ne pas montrer les luttes sociales qui éclatent ici ou là.

L’humanitaire sert de paravent aux visées hégémoniques impérialistes. Il exploite cyniquement les sentiments altruistes et de solidarité des citoyens pour servir, en dernière analyse, les intérêts d’une classe sociale minoritaire, mais qui possède tous les pouvoirs.

Mohamed Belaali


(1) Mohamed Belaali « L’humanitaire au service du capital »
http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html

Article francophone pour RY

Les Olympiques jusqu'à maintenant
Stephen Von Sychowski

Les Jeux d'hiver 2010 sont presque sur nous. Pour certains, cela signifie que leurs caisses sont sur le point de déborder de richesses olympique.
Mais pour le reste d'entre nous, les Jeux de 2010 et le chemin pour y arriver a représenté un peu plus qu'une descente en triathlon.


Depuis que les préparations ont commencé pour les jeux, on estime que le phénomène des sans-abris à Vancouver est passé de 1 000 à plus de 2 500. Il atteindra jusqu’à plus de 6000 sans-abris lorsque les Jeux Olympiques auront frappé de plein fouet le marché du logement cet hiver. En même temps, ces sans-abris ont été criminalisés par des lois qui les condamnent pour simplement tenter de survivre, ce qui donne aux policiers le pouvoir de les mettre en prison afin de présenter une image de la ville irréprochable mais fausse aux riches touristes qui débarqueront à Vancouver en février.


Tandis que les pauvres ont été durement touchés, le mouvement syndical a également été attaqué en raison des Jeux olympiques. Il y a par exemples les travailleurs de Hastings Race Track. En raison de la proximité de leur lieu de travail avec un site olympique, celui-ci a été inclus dans une "zone de sécurité olympique" et ne peut donc pas fonctionner durant les Jeux. Bien qu'une indemnisation ait été remise à l'employeur, rien n'a été donné aux travailleurs et travailleuses qui seront au chômage pendant toute cette période. À la place, on leur a répondu d'aller se trouver un autre emploi avec les Olympiques. Un autre exemple, plus connu, est celui des infirmières et infirmiers de la Colombie-Britannique qui ont été forcés de retourner au travail par une loi spéciale en Novembre 2009. Le projet de loi 21 est arrivé pendant le vote sur une offre «finale» soumise par le gouvernement pour la convention collective. Le projet de loi 21 est une continuation de la politique du gouvernement libéral visant à éliminer les droits les plus élémentaires des travailleurs et des travailleuses et de leurs syndicats, tel que le droit de négocier une convention collective et le droit de grève. Ce n'est pas un secret que l'urgence apparente de cette loi provient en fait des demandes du VANOC (Comité olympique de Vancouver) pour mettre fin au conflit de travail avant le commencement des Jeux olympiques.


Les Jeux olympiques ont aussi été une catastrophe environnementale. La construction des sites olympiques a conduit des dizaines de milliers d'arbres à être abattus, des milliers de tonnes de béton ont été utilisés, des flancs de montagne ont été rasés, des habitats naturels pour la faune et la flore ont été complètement détruits et encore plus. Il suffit de regarder Bluffs Eagle Ridge, un magnifique site naturel, devenu maintenant une route autrement inutile.


Tout cela frappe particulièrement les Premières Nations, qui ont refusées de se rendre et qui n'ont pas cédé leurs terres. En l'absence de tout règlement des questions relatives aux titres et aux droits des Premières nations, le gouvernement libéral est passé outre allant de l'avant avec le projet olympique qui enrichira immensément la classe dirigeante capitaliste tandis que les Premières nations continueront de subir les taux de pauvreté et de chômage les plus élevés.

La pauvreté et la misère infligée par le système économique en crise et ses effets aggravée par les Jeux Olympiques vont sans doute entraîner une montée en flèche de la petite délinquance, la toxicomanie, l'emprisonnement, la prostitution, le suicide et autres horreurs qui touchent surtout la classe ouvrière, les jeunes et les pauvres.


La réponse de la classe capitaliste et son gouvernement à cela est l’État policier. Les Jeux Olympiques ont une longue histoire associés aux fascistes, aux régimes répressifs et au racisme. Après tout, les Jeux Olympiques modernes ont été fondés par le baron français, Pierre de Coubertin, qui a vu dans les jeux un moyen de renforcer le colonialisme français. Le relais de la torche olympique bien-aimée dans sa forme moderne remonte aux Jeux olympiques de 1936 en Allemagne nazie. En 1968, les Jeux de Mexico ont été précédées par le massacre de 300 étudiants et étudiantes protestataires. Bien des saluts nazis ont été jugés acceptables en 1936, alors que deux athlètes qui ont fait le salut du Black Power en 1968 ont été dépouillés de leurs médailles.


Faire valoir que les Jeux olympiques de Vancouver seront différents est difficile à croire quand on considère que 12 500 policiers, militaires et du personnel de sécurité privés seront déployés à Vancouver et à Whistler pendant les Jeux. Les caméras de surveillance se retrouvent au coin des rues, sur les autobus, sur les sites olympiques et partout où ceux et celles qui assurent la «sécurité» pendant les Jeux Olympiques le trouvent approprié. Cette même «sécurité» comprend également 40 km de clôtures pour le contrôle des foules et d'un dispositif sonore assourdissant pour disperser les éventuels manifestantes et manifestants qui exerceraient leurs droits constitutionnels de protester. Des activistes anti-Jeux Olympiques ont déjà été menacés et harcelés par la police à leurs domiciles et au travail. Dans certains cas, les membres de leur famille et des amis ont aussi reçu des visites d'intimidation.


Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont les Jeux olympiques de 2010 ont été, et seront, une catastrophe pour les travailleurs et les travailleuses et les pauvres en Colombie-Britannique. Enfin et surtout, les Jeux seront une catastrophe pour les jeunes, dont la majorité ne peut en aucun cas se permettre d'assister aux activités des Jeux Olympiques, mais seront tout de même contraints de payer d’en payer les frais pendant les années à venir, d'élever leurs enfants dans un environnement souillé, et de vivre avec la possibilité que certaines mesures «sécuritaires» draconiennes persistent. Tout cela nous est offert au coût de seulement 6 milliards de dollars. Les Jeux Olympiques représentent une offensive de la classe dirigeante contre les droits et les intérêts de la classe ouvrière et des pauvres. Le très salué "héritage olympique" en est un d'appauvrissement, de monté de l'itinérance, de destruction de l'environnement, du piétinement des Premières Nations, de répression et de cupidité bourgeoise, tout aux dépens des contribuables. Cet héritage pourrait être différent, tout dépend de notre résistance.

lundi 25 janvier 2010

Citation

« Une grande partie de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient de l'exploitation, depuis des siècles, de l'Afrique » Jacques Chirac

dimanche 17 janvier 2010

Réflexions du compañero Fidel

LE DROIT DE L’HUMANITÉ À L’EXISTENCE

Les changements climatiques causent d’ores et déjà des dommages considérables, et des centaines de millions de pauvres en souffrent les conséquences.

Les centres de recherche les plus avancés assurent qu’il reste très peu de temps pour échapper à une catastrophe irréversible. Selon James Hansen, de l’Institut Goddard, de la NASA, un niveau de trois cent cinquante parties de dioxyde de carbone par million est encore tolérable ; or, il dépasse actuellement trois cent quatre-vingt-dix et il augmente tous les ans à raison de deux parties par million, soit plus que les niveaux d’il y a six cent mille ans. Les deux dernières décennies ont été les plus chaudes depuis qu’il existe des mesures. Ce gaz a augmenté de quatre-vingts parties par million ces cent cinquante dernières années.

Les glaces de la mer Arctique, l’énorme couche de deux kilomètres d’épaisseur qui couvre le Groenland, les glaciers d’Amérique du Sud qui alimentent les principales sources d’eau douce de cette région, le volume colossal qui couvre l’Antarctique, la couche qui reste encore sur le Kilimandjaro, les neiges qui couvrent l’Himalaya et l’énorme masse gelée de la Sibérie fondent à vue d’œil. Des scientifiques prestigieux redoutent des sauts quantitatifs dans les phénomènes naturels qui provoquent les changements.

L’humanité avait placé de grands espoirs dans le Sommet de Copenhague, qui devait prolonger le Protocole de Kyoto souscrit en 1996 mais entré en vigueur seulement en 2005. L’échec éclatant de ce Sommet a engendré des épisodes honteux qu’il faut dûment éclaircir.

Les États-Unis, qui comptent moins de 5 p. 100 de la population mondiale, émettent le quart du dioxyde de carbone. Leur nouveau président avait promis de coopérer aux efforts internationaux pour faire face à un problème qui touche son pays autant que le reste du monde. Les réunions préalables au Sommet ont mis en lumière que les dirigeants de cette nation et ceux des pays les plus riches manœuvraient pour faire retomber le poids des sacrifices sur les pays émergents et les pays pauvres.

Beaucoup de dirigeants et des milliers de représentants des mouvements sociaux et des institutions scientifiques, décidés à se battre pour préserver l’humanité du pire risque qu’elle a encouru dans son Histoire, se sont rendus à Copenhague à l’invitation des organisateurs du Sommet. Je m’abstiens d’entrer dans le détail de la brutalité dont ont fait preuve les forces de l’ordre danoises contre les milliers de manifestants et d’invités des mouvements sociaux et scientifiques pour me concentrer sur les aspects politiques du Sommet.

Un véritable chaos a régné à Copenhague et des choses incroyables s’y sont passées. Les mouvements sociaux et les institutions scientifiques n’ont pas eu le droit d’assister aux débats. Des chefs d’État ou de gouvernement n’ont même pas eu la possibilité de donner leur opinion sur des problèmes vitaux. Obama et les dirigeants des pays les plus riches ont séquestré la conférence avec la complicité du gouvernement danois, et les institutions des Nations Unis ont été mises sur la touche.

Barack Obama, qui est arrivé le dernier jour du Sommet et n’y est resté que douze heures, s’est réuni avec deux groupes d’invités triés sur le volet par lui-même et ses collaborateurs. Et c’est accompagné de l’un de ces groupes qu’il a eu une réunion dans la salle plénière avec le reste des délégations de plus haut niveau. Aussitôt après avoir pris la parole, il s’est retiré par une porte dérobée. À cette réunion plénière, hormis le petit groupe choisi par lui, les autres représentants des États n’ont pas eu le droit de prendre la parole. Si les présidents bolivien et vénézuélien ont pu le faire, c’est seulement parce qu’ils l’ont réclamé avec énergie, soutenus par les autres, et que le président du Sommet n’a pas eu d’autre solution que de la leur céder.

Dans une salle contiguë, Obama a réuni les dirigeants des pays les plus riches, de plusieurs nations émergentes les plus importantes et de deux pays très pauvres. Il y a présenté un document négocié avec deux ou trois des principaux pays, il a ignoré l’Assemblée générale des Nations Unies, il a donné des conférences de presse et il est reparti, tel Jules César qui s’exclama au terme d’une ses campagnes victorieuses en Asie mineure : Vini, vidi, vici !

Le Premier ministre en personne du Royaume-Uni, Gordon Brown, avait affirmé le 19 octobre : « Si nous n’aboutissons pas à un accord dans les prochains mois, il ne fait pas le moindre doute qu’une fois que l’élévation débridée des émissions aura provoqué des dommages, aucun accord mondial rétrospectif à quelque moment du futur ne pourra en éliminer les effets. À cette date, il sera alors irrémédiablement trop tard. »

Et il avait conclu son discours sur cette péroraison dramatique : « Nous ne pouvons nous donner le luxe de l’échec. Si nous échouons maintenant, le prix à payer sera très lourd. Si nous agissons maintenant, si nous agissons de concert, si nous agissons en faisant preuve de hauteur de vue et de détermination, nous pouvons encore remporter la victoire à Copenhague. Mais, si nous échouons, la planète Terre sera en danger, et il n’existe pas de plan de rechange. »

Il affirme pourtant à présent avec arrogance que l’Organisation des Nations Unies a été prise en otage par un petit groupe de pays comme Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et Tuvalu, et il accuse la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres nations émergentes d’avoir cédé aux séductions des États-Unis pour souscrire un accord qui expédie aux oubliettes le Protocole de Kyoto et ne contient aucun engagement contraignant pour les États-Unis et leurs riches alliés.

Je me vois obligé de rappeler que l’Organisation des Nations Unies a vu le jour voilà à peine soixante ans, après la Deuxième Guerre mondiale, alors que les pays indépendants ne dépassaient pas la cinquantaine. Elle compte aujourd’hui plus de cent quatre-vingt-dix États indépendants, après que la lutte décidée des peuples a eu liquidé l’odieux système colonial.

La République populaire de Chine s’est même vu refuser pendant des années le droit d’entrée à l’ONU, un gouvernement fantoche y usurpant sa représentation à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité. C’est grâce au soutien tenace d’un nombre croissant de pays du Tiers-monde que la Chine bénéficia peu à peu de la reconnaissance de la communauté internationale, ce qui fut un facteur très important pour que les USA et leurs alliés de l’OTAN reconnaissent ses droits à l’ONU.

C’est l’Union soviétique qui contribua le plus par sa lutte héroïque à la défaite du fascisme, au prix de plus de vingt-cinq millions de morts et d’énormes destructions dans tout le pays. C’est au terme de cette lutte qu’elle émergea comme une superpuissance capable de contrebalancer en partie la domination absolue qu’exerçait le système impérial des USA et des anciennes nations coloniales, et sa mise à sac impitoyable des peuples du Tiers-monde. La désintégration de l’URSS a permis aux USA d’étendre leur pouvoir politique et militaire en direction de l’Est, vers le cœur de la Russie, et de renforcer leur influence sur le reste de l’Europe. Ce qui s’est passé à Copenhague n’a donc rien d’étonnant.

Je tiens à souligner les déclarations injustes et outrageantes du Premier ministre britannique et la tentative des États-Unis d’imposer comme accord du Sommet un document dont les pays participants n’ont discuté à aucun moment.

Le ministre cubain des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, a affirmé dans la conférence de presse qu’il a donnée le 21 décembre des vérités absolument indéniables. J’en cite quelques paragraphes:

« À Copenhague, je tiens à le souligner, la Conférence des Parties n’a adopté aucun accord, aucune décision concernant des engagements, qu’ils soient contraignants ou pas, ni absolument aucune décision relevant du droit international : à Copenhague, il n’y a pas eu d’accord, tout simplement !

« Le Sommet a été un échec, et l’on veut pourtant berner l’opinion publique mondiale. […] la carence de volonté politique a sauté aux yeux…

« …il a constitué un recul dans l’action de la communauté internationale pour prévenir ou alléger les retombées des changements climatiques…

« …la température mondiale pourrait s’élever de 5º en moyenne… »

Puis notre ministre a apporté d’autres données intéressantes sur les conséquences possibles de cet échec, selon les dernières recherches scientifiques :

« …de la date du Protocole de Kyoto à ce jour, les pays développés ont élevé leurs émissions de 12,8 p. 100… 55 p. 100 de ce volume correspondant aux USA

« Un Étasunien consomme en moyenne 25 barils de pétrole par an, un Européen 11, un Chinois moins de 2, un Latino-Américain ou un Caribéen, moins de 1.

« Trente pays, dont ceux de l’Union européenne, consomment 80 p. 100 des combustibles produits. »

Le fait est que les pays développés signataires du Protocole de Kyoto ont élevé radicalement leurs émissions. Ils veulent toutefois substituer maintenant à la base adoptée pour calculer ces émissions, autrement dit 1990, une nouvelle base, 2005, de sorte que les engagements envisagés par les USA, les plus gros pollueurs, ne représenteraient qu’une réduction de 3 p. 100 par rapport à vingt-cinq ans avant ! C’est là se moquer d’une manière éhontée de l’opinion mondiale…

Le ministre cubain, parlant au nom des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), et défendant la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres États importants à économie émergeante, a ratifié le concept dégagé à Kyoto de

« responsabilités partagées, mais différenciées, ce qui veut dire que les pays à accumulation historique et les pays développés, responsables de cette catastrophe, ont des responsabilités différentes de celles des petits États insulaires ou des pays du Sud, surtout des pays les moins avancés… »

« Responsabilités veut dire financement ; responsabilités veut dire transfert de technologies dans des conditions acceptables. Mais Obama joue sur les mots, et au lieu de parler de "responsabilités" partagées mais différenciées, il parle de "réponses" partagées, mais différenciées…

« …il abandonne la salle plénière sans même daigner écouter qui que ce soit, de même qu’il n’avait écouté personne avant son intervention. »

Obama avait affirmé lors d’une conférence de presse ayant précédé son départ de la capitale danoise : « Nous avons généré ici à Copenhague un accord substantiel sans précédent : pour la première fois dans l’Histoire, les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités. »

Dans son exposé clair et irréfutable, notre ministre s’est exclamé :

« Que signifie : "…les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités" ? Ça veut dire qu’il fait retomber une part importante du fardeau que représente le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation que doivent adopter les pays, surtout ceux du Sud, face aux changements climatiques, sur la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Car, il faut bien le dire, la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et tous les pays appelés par euphémisme en développement ont été victimes d’un braquage, d’un hold-up !»

Voilà dans quels termes frappants et irréfutables notre ministre a raconté ce qu’il s’est passé à Copenhague.

Je dois ajouter que le 19 décembre, à dix heures du matin, alors que notre vice-président Esteban Lazo et notre ministre des Relations extérieures étaient déjà repartis, on a assisté à une tentative tardive de ressusciter le document mort-né de Copenhague en tant que document du Sommet. Il ne restait plus alors pratiquement aucun chef d’État et seuls quelques ministres. De nouveau, la dénonciation des membres restants des délégations de Cuba, du Venezuela, de Bolivie, du Nicaragua et d’autres pays a fait capoter la manœuvre. Voilà comme s’est conclu le Sommet : sans gloire !

On ne saurait non plus oublier qu’aux heures les plus critiques de cette journée-là, tard dans la nuit, le ministre cubain des Relations extérieures, et les délégations qui livraient cette digne bataille, ont offert leur coopération au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans la lutte toujours plus dure qui se déroulait et dans les efforts à consentir à l’avenir pour préserver notre espèce.

L’organisation écologique World Wide Fund (WWF) a averti que les changements climatiques échapperaient à tout contrôle dans les cinq à dix prochaines années si les émissions n’étaient pas réduites radicalement.

Mais Obama lui-même m’épargne la peine de démontrer ce que j’ai dit sur ses agissements.

Il a déclaré le 23 décembre, dans une interview à la chaîne de télévision CBS, que les gens avaient raison d’être déçus des résultats du Sommet sur les changements climatiques : « …au lieu d’un échec total, d’une inaction totale, ce qui aurait été un énorme recul, nous avons pu du moins nous maintenir en gros là où nous étions… »

Selon l’agence de presse, Obama est le plus critiqué par les pays qui sentent presque à l’unanimité que le Sommet s’est achevé sur un désastre.

L’ONU est maintenant dans une impasse. Demander à de nombreux autres États d’adhérer à un accord arrogant et antidémocratique serait humiliant.

Poursuivre la bataille et exiger à toutes les conférences, surtout celles de Bonn et de Mexico, le droit de l’humanité à l’existence, en nous fondant sur la morale et la force que nous donne la vérité, telle est à mon avis la seule voie.


Fidel Castro Ruz
Le 26 décembre 2009
20 h 15