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mardi 8 janvier 2019

Solidarité avec la résistance Wet'suwet'en

Déclaration de la YCL-LJC au sujet de la résistance Wet'suwet'en. 

Depuis la publication de notre déclaration hier, la répression contre les résistant.es autochtones Wet'suwet'en du nord de la Colombie-Britannique s'est intensifiée avec notamment l'arrestation de 14 militant.es. Plusieurs indices semblent signaler que la GRC (même si le territoire défendu devant le pouvoir des grandes entreprises n'est pas de sa juridiction) se prépare à d'autres intrusions sur cette terre autochtone.

À l'inverse, plusieurs actes de solidarité ont eu lieu aujourd'hui dans plusieurs dizaines de villes au Canada (dont Victoria, Whitehorse, Calgary, Edmonton, Toronto, Ottawa, Montréal, etc.) mais aussi à l'international.

C'est de cette solidarité dont les peuples autochtones ont besoin, pas du pathos ridicule de Trudeau qui laisse couler quelques larmes de crocodiles devant les caméras avant de donner son aval à la construction d'oléoducs et de projets de développement sur les terres autochtones sans leur consentement.

Faisant référence au Canada, l’historien communiste Stanley Ryerson affirmait que ce pays a été créé par le vol des terres autochtones et par l’exploitation de la classe ouvrière.

Malheureusement, pas grand chose a changé depuis ce temps.

mardi 17 octobre 2017

De l'indécence et de la soif : Crise de l'eau dans les communautés autochtones



Marianne Breton Fontaine

L'eau est essentielle à la vie. L'accès à de l'eau portable en quantité suffisante est un droit humain fondamental. Pourtant, dans ce riche pays qu'est le Canada, des 600 réserves autochtones, 89 doivent impérativement faire bouillir leur eau. Dans certains cas, les avis d'ébullition sont en vigueur depuis près de 20 ans! En 2016, l'organisme Human rights watch publiait un rapport sur ce qu'il qualifie de véritable crise de l'eau potable dans les communautés. Depuis des années, les organismes de l'ONU et les communautés autochtones dénoncent cette situation inacceptable. Pourtant, rien ne change. Ni les gouvernements provinciaux, ni le gouvernement fédéral n'ont agit pour remédier à la situation.

Au Québec, on aurait pu croire qu'avec l'adoption de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et visant à renforcer leur protection (la Loi) en 2009, les choses se seraient améliorées. C'est que cette loi fait non seulement tomber dans le patrimoine commun les ressources aquifères du Québec, elle mets en place des plans de gestion de l'eau par bassin versant, soit des Plan directeurs de l'eau (PDE), pour assurer un bon accès à l'eau à tous et toutes, et la protection de la ressource. Malheureusement, la crise vécue par les communautés autochtones semble avoir été oublié au moment fatidique. En effet, pas un seul parlementaire n'a mentionné les autochtones durant les jours de débats qui ont donné naissance à cette Loi. Tous ces beaux messieurs en cravate (et ces quelques madames, l'Assemblée nationale demeure un lieu hautement masculin) étaient bien trop occupés à parler de l'accès à l'eau des entreprises. Résultat, la loi elle même ne mentionne les autochtones que dans une liste de personnes à consulter possiblement dans l'élaboration des PDE, au coté, notamment, des entreprises.

Il s'agit là d'une occasion manqué pour le gouvernement de faire preuve de respect et de décence envers les peuples autochtones. A priori, alors que ces communautés sont celles ayant les plus graves problèmes d'accès à l'eau, elles auraient du au minimum être consultées en amont de l'adoption de la loi, et par la suite, les communautés autochtones auraient du avoir une place privilégiée dans l'élaboration des PDE dans chaque région du Québec.

Cette manière de faire aurait non seulement répondu à la décence et au bon sens, elle aurait aussi été une occasion pour le gouvernement de se conformer à ses obligations internationales. En 2010, le gouvernement du Canada appuyait enfin la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). L'article 32 de la DNUDPA énonce que les États doivent consulter les autochtones et coopérer avec eux de bonne foi « en vue d’obtenir leur consentement, donné librement et en connaissance de cause, avant l’approbation de tout projet ayant des incidences sur leurs terres ou territoires et autres ressources, notamment en ce qui concerne la mise en valeur, l’utilisation ou l’exploitation des ressources minérales, hydriques ou autres. » Nous sommes encore loin d'avoir mis ce principe en pratique au Québec et au Canada.

Ce qui est décrit dans la DNUDPA est ce qui est appelé en droit international le « libre consentement préalable et éclairé » (LCPE). Cette notion n'est pas nouvelle. Elle est connu par les parlementaire de tout le Canada depuis longtemps. Déjà en 1989, l’Organisation internationale du travail définissait les principes du LCPE dans sa Convention n° 169 comme étant pour les peuples le droit de « décider de leurs propres priorités » de développement et le droit « d’exercer autant que possible un contrôle sur leur développement économique, social et culturel propre ». L’OIT y spécifie que les États ont l’obligation de « s’assurer » spécialement de la « participation [des peuples autochtones] à la prise de décision » afin de préserver leurs droits de nature collective dans un État démocratique. nature collective dans un État démocratique. Ce que cela signifie, c’est que les gouvernements devraient inclure les peuples autochtones dans les processus décisionnel qui les affecterons ; dans l’élaboration de la loi sur l’eau - comme richesse collective par exemple. D'ailleurs, on peut se questionner à quelle collectivité ce gouvernement fait référence dans la Loi puisqu’elle ne semble pas être celle de toutes les personnes habitant le territoire québécois. 

Ceci étant dit, la Loi ne ferme pas la porte à la participation des autochtones dans la gestion des ressources en eau. Si tel était le cas, elle serait ouvertement discriminatoire. C'est ici plutôt la violence du silence et de l'indifférence qui sévi. Est-ce que l'eau coulera enfin jusque dans la communauté anicinape de Kitcisakik dans le Témiscamingue ? Cette Première Nation vivant à environ 90 kilomètres au sud-est de Val-d’Or compte 400 personnes. Elle a fait plusieurs fois les manchettes aux cours des années, notamment en raison de son manque d’accès à l'eau potable. Une seule station sanitaire ne comportant que huit douches est disponible pour tous les habitants. Imaginez, c'est la queue, dehors, en pleine hiver glacial, pour pouvoir se laver. 8 douches pour 400 personnes! Les maisons n’ont pas d’eau courante ni de toilettes. L'eau pour la consommation n'est disponible que dans un dispensaire au centre du village, et sa qualité est questionnée. Dans la même région, plusieurs communauté n'ont aucun point d'accès à l'eau, aucune aqueduc. Si on jette un coup d'œil au PDE de la région, sur 131 actions prévues, douze concernent directement une des cinq communautés autochtones du bassin versant du Témiscaminque, et, de ces douze actions, seulement trois touchent à la qualité de l'eau potable. En d'autres mots, nous sommes à des années lumières d'un plan qui répond à la crise actuelle.

Des communautés entières ont soif. Des communautés entières sont malades en raison de l'insalubrité de l'eau. Des communautés entières ne cessent de répéter que l'heure est grave. Pourtant, nos gouvernements ont réussi à passer une loi sur l'eau en oubliant les personnes qui en avaient le plus besoin. C'est tout simplement indécent.

samedi 1 juillet 2017

Canada 150: qu'y a-t-il à célébrer?



Comité central exécutif
1er juillet 2017

La YCL-LJC considère les mobilisations autour du 150e anniversaire du Canada, qui ont couté au moins 500 millions de dollars, comme des provocations de la part de la classe dirigeante aux peuples autochtones, victimes de l'impérialisme canadien, aux progressistes, à la jeunesse et à la classe ouvrière de ce pays. Nous joignons notre voix aux nombreux groupes qui dénoncent fermement la propagande et les tentatives de réécriture de l'histoire canadienne, comme si cette histoire devait être célébrée. Le Gouvernement du Canada tente de faire de cette journée du 1er juillet une fête à célébrer dans l'unité et dans la fierté. Néanmoins, plusieurs ne célèbreront pas la date de la signature de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB) qui a uni les dernières colonies britanniques d'Amérique du Nord au sein d'un dominion qui concrétise l'oppression nationale dans sa Constitution.

Pour la jeunesse des Premières Nations, Inuit et Métis, l'oppression nationale a été et continue d'être une réalité violente et actuelle qui fait partie des crimes de l'impérialisme canadien. Le génocide et le racisme anti-autochtone systémique font encore partie de la vie quotidienne des jeunes autochtones. Ceci est attesté par les innombrables exemples de forces policières qui commettent des abus sexuels et physiques auprès des jeunes femmes autochtones dans l'impunité la plus totale. Cette situation est également attestée par le peu de progrès dans le dossier de l'Enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées malgré la la demande publique pour cette enquête et la justice. Le leg des pensionnats de réforme, qui avaient pour but de "tuer l'Indien dans l'enfan", demeure frais dans la mémoire de la jeunesse qui souffre toujours, en conséquence, l'assimilation forcée et à qui il est impossible d'étudier dans sa langue nationale. La Loi sur les Indiens, qui prévaut toujours et qui a inspiré le régime d'Apartheid sud-africain, fait des peuples autochtones des citoyens de seconde catégorie. Demander aux nations autochtones de célébrer ce 1er juillet représente une rature de cette histoire coloniale violente, qui renforce le traumatisme intergénérationnel dans une ère de soi-disant réconciliation. Le Canada a été construit sur le vol des terres autochtones et ses 150 ans d'histoire ont dévasté les communautés autochtones.

Pour la jeunesse du Québec, les 150 ans écoulés depuis la signature de l'AANB sont marquées par l'inégalité et la discrimination. Ceci est reflété par le fait que, jusqu'à la Révolution tranquille, les travailleurs-euses québécois percevaient des salaires considérablement moindres que ceux de leurs collègues anglophones. Les opportunités pour la jeunesse québécoise étaient limitées. Plusieurs gains ont été obtenus grâce à la mobilisation de la jeunesse progressiste québécoise notamment, mais la question nationale est toujours en suspens et l'oppression nationale prévaut toujours. La signature de la Constitution canadienne sans l'inclusion du Québec en 1982 et l'adoption de l'Acte sur la Clarté référendaire dans la foulée du référendum de 1995, qui rend la séparation et l'auto-détermination du Québec pratiquement impossible, en est un autre exemple.

Pour la jeunesse acadienne et pour les jeunes issus des autres minorités nationales francophones, leur expérience des 150 dernières années sont des expériences de luttes pour vivre et étudier dans leur langue, puis pour maintenir des services publics en français à l'extérieur du Québec.

La célébration du 150e du Canada est également marquée par l'idée de la grandeur canadienne en tant que pays contribuant à la paix dans le monde. Le Canada n'a jamais été un pays qui promeut la paix dans le monde, mais le Gouvernement continue de perpétrer ce mythe tout en bénéficiant politiquement et économiquement, en toute discrétion, de la guerre, de l'occupation et de l'extraction de ressources naturelles à travers le monde. Ceci est évident par la feuille de route belliciste en Syrie et en Irak, par le soutien de régimes brutaux comme ceux d'Israël et d'Arabie Saoudite (à travers la vente d'armement s'élevant à des millions de dollars), et par son rôle dirigeant dans l'OTAN. Le gouvernement du Canada continue d'augmenter ses crédits de guerre. Récemment, il a annoncé une augmentation du budget militaire de 70%, augmentation qui lui permettrait d'implanter encore plus violemment ses plans impérialistes en Amérique Latine, en Afriqueet au Moyen-Orient en particulier.  Les monoples canadiens quant à eux poursuivent leur plan d'extraction des ressources naturelles malgré la résistance des communautés locales.

Jeunes communistes, nous nous rappelons la résistance contre les politiques capitalistes, génocidaires et colonialistes du gouvernement canadien à travers ces 150 dernières années, où d'importantes batailles ont été menées par la jeunesse, la classe ouvrière et ses alliés. Celles-ci incluent les soulèvements de la nation métis de 1873 et 1885, la Grève générale de Winnipeg en 1919, la Marche vers Ottawa pour l'Assurance chômage en 1935, la mobilisation pour la sécurité sociale ou, plus récemment, la grève étudiante de 2012 au Québec et le mouvement 'Idle No More'. Ces mobilisations représentent des exemples important qui font preuve que les forces vivent existent aujourd'hui au Canada pour aller de l'avant et exiger un changement fondamental.

Ce changement fondamental, néanmoins, n'arrivera que si nous travaillons dans l'unité contre notre ennemi principal: la classe capitaliste canadienne et l'impérialisme. Nous devons maintenir cette unité entre les mouvements sociaux et syndical, le mouvement féministe, étudiant; mais aussi entre ces mouvements au sein des différentes nations qui constituent le Canada. Travailler dans l'unité inclut le combat pour changer la constitution canadienne et exiger un nouveau partenariat libre, volontaire et consenti, de ces différentes nations. Cette Constitution devrait reconnaire le droit de chaque nation à l'auto-détermination, y compris et jusqu'au droit de se séparer.

Nous saluons l'appui sans cesse plus important à la lutte contre le leg colonial du Canada et son histoire d'oppression nationale tel qu'attesté par l'appel du mouvement 'Idle No More' "Unsettle Canada 150" soutenu par plusieurs organisations progressistes incluant la nôtre. Cet appel est l'occasion de se rappeler qu'il n'y a rien à célébrer 150 ans après la signature d'une Constitution qui a permis et même encouragé la marche des grandes compagnies vers l'accaparation des ressources naturelles aux dépens des peuples autochtones dont les territoires ancestraux ont été dévastés, qui a permis au Canada de poursuivre ses politiques génocidaires à l'égard des nations autochtones et qui a permis l'occupation des rues de Montréal par l'armée canadienne en octobre 1970. Plutôt qu'un jour de célébration, le 1er juillet au Canada devrait être un jour de résistance contre les tentatives de réécrire l'histoire du Canada d'une façon qui blanchirait les crimes du capitalisme, de l'impérialisme, du racisme et du colonialisme canadien.

mardi 6 décembre 2016

Que faire après Standing Rock?

Après un combat digne de «Florantin, celui qui a chanté avec le diable», une odeur de souffre se fait sentir sur les pleines du Dakota. Victoire pour les défenseurs de l'eau, victoire pour les Sioux qui vengent aujourd'hui Wounded Knee, victoire pour les Premières Nations d'Amérique, mais aussi victoire pour tous les progressistes du continent qui sont en lutte contre la cupidité des compagnies, des magnats du pétrole et des monopoles qui s'affairent à la destruction de notre environnement. Victoire donc pour le « 99%»! 
Depuis des mois, des milliers de militants occupent les terres que devaient traverser l'oléoduc projeté d'Energy Transfer Partners dont le but est de transporter le pétrole extrait dans le Dakota du Nord (à quelques encablures de la frontière canadienne) pour l'acheminer vers l'Illinois. Les militants écologistes et les Premières nations ont clairement indiqué que le tracé initialement prévu menace des sources d'eau potable ainsi que des sites culturels. Devant la sourde oreille des autorités, ils se sont mobilisés et ont occupé un site situé sur la route de l'oléoduc. Les autorités états-uniennes n'ont pas hésité à employer la force pour tenter de les déloger en employant des méthodes parfois digne des plus viles dictatures, notamment le recours aux canons à eau. 
La persécution a également fait partie des méthodes employées, les officiers de police s'étant attaqués aux manifestants qui auraient manifesté leur appui à Standing Rock à travers les réseaux sociaux. 
Le mouvement, d'une ampleur remarquable, a gagné un appui considérable. De la société civile états-unienne aux vétérans en passant par les diplômés de l'École latino-américaine de médecine, une des plus grandes universités de médecine à travers le monde située à La Havane, nombreux sont ceux qui ont prêté main forte au mouvement sur place. La solidarité avec Standing Rock s'est également manifestée à au-delà des frontières états-uniennes. 
La victoire à Standing Rock ne saurait être une fin, mais un début. Les militants ont clairement gagné une bataille considérable avec le refus du corps des ingénieurs de l'Armée états-unienne de donner sa servitude au tracé de l'oléoduc controversé, mais beaucoup reste à faire. Encore aujourd'hui, sur le site d'occupation, certains militants ne baissent pas la garde «au cas où». L'armée a néanmoins fait savoir qu'elle ne les délogerait pas par la force. Nous sommes en mesure de croire, après tout, que cette lutte a permis de porter à un autre niveau les revendications écologistes non seulement grâce à la victoire obtenue, mais aussi parce que celles-ci ont été, tout au long du combat, liées aux revendications des peuples autochtones des Amériques qui ne demandent qu'à être reconnus comme nations et que leurs droits soient reconnus. 
Standing Rock a peut-être gagné une bataille, mais la guerre contre les multinationales pétrolières et contre les politiques génocidaires à l'égard des peuples autochtones n'est pas achevée. Beaucoup reste à faire aux États-Unis, mais beaucoup reste à faire au Canada également.
En soirée du 29 novembre, Trudeau a effectivement donné son feu vert à deux des trois projets d'oléoduc qui ont soulevé la contreverse dans l'Ouest et provoqué l'ire des mouvements sociaux, syndicaux, progressistes, environnementalistes et autochtones partout au Canada.
Des trois projets, évalués selon des critères environnementaux définis par le gouvernement conservateurs, seul Northern Gateway d'Enbridge a été rejeté – une maigre victoire devant le . Le gouvernement fédéral a donc donné son accord pour accroitre la capacité de l'oléoduc Trans-Mountain de Kinder Morgan, un projet de 6,8 milliards de dollars, ainsi que pour la Ligne 3 d'Enbridge, un projet de 7,5 milliards de dollars.
Probablement le plus décrié, le projet de Kinder Morgan projette d'acheminer trois fois plus de pétrole issu des sables bitumineux vers le port de Vancouver où, de 5 pétroliers s'y approvisionnant présentement par mois, ce chiffre passera à 34.
Par cet affront à la mobilisation, Trudeau a clairement révélé ses vraies priorités. Lorsqu'il estime que ces deux projets sont «d'intérêt national», il parle clairement au nom des pétrolières qui génèrent des milliards de profits et non des peuples qui en sont victimes, en premier lieu, les peuples autochtones. La «lune de miel» orchestrée à la suite de son élection en 2015 est terminée. 
Des militants écologistes montréalais mobilisés contre les oléoducs
 En plus de s'être attaqué au mouvement environnementaliste, le gouvernement Trudeau a poignardé à dos tourné les Premières nations à qui il avait promis des relations «de nation à nation». Or, contrairement à ce que prétendent les Libéraux, aucun de ces projets n'a reçu l'aval des Premières nations dont l'opposition manifeste s'est concrétisée, le 22 septembre dernier, par un traité de solidarité entre certaines nations autochtones et leurs représentants, incluant l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. En vertu de ce traité, toute attaque contre une nation signataire impliquerait l'appui de toutes les autres nations signataires. 
Jeunes communistes, nous demandons que soit reconnu le droit à l'auto-détermination des Premières Nations, Inuit et Métis et accueillons favorablement la signature d'un traité de solidarité qui permettra de faire valoir les droits ancestraux et territoriaux des peuples autochtones. 
Nous saluons les propos du Grand Chef de la Colombie Britannique, Stewart Philip qui a affirmé que «la lutte se transportera maintenant sur la scène politique, mais elle se poursuivra». Nous appelons à la mobilisation contre les projets d'oléoduc dans l'Ouest, mais aussi contre le projet d'Énergie Est au Québec. Nous exprimons notre solidarité sans faille avec les Premières Nations qui constituent les premières victimes de l'exploitation des sables bitumineux tant au Canada qu'au Québec et ailleurs sur Notre Amérique.
Nous exigeons que soit imposé un moratoire sur l'exploitation de cette source d'énergie – probablement une des plus polluantes qui soit - et la reconversion de tous les emplois générés par cette industrie vers des emplois plus durables et aux mêmes conditions. 
L'argent est là : les milliards investis pour approvisionner des marchés étrangers en pétrole pourrait être réinvesti dans la recherche et l'exploitation de sources d'énergie renouvelable. Le Canada est un pays riche à l'économie diversifiée et pourrait ainsi se positionner à l'avant-garde de la lutte contre les changements climatiques. Pourtant, malgré ses déclarations lors de la COP 21, Justin Trudeau tente, sans surprise, de ménager la chèvre et le chou en essayant de contenter les magnats du pétrole et ses électeurs. Selon ses propres propos, «il est impossible de faire l'unanimité». Nos intérêts ne sont en rien compatibles avec ceux des parasites et exploiteurs qui sont à l'origine de la crise capitaliste et environnementale qui nous affecte tous.
M. Trudeau a choisi son camp, celui des multinationales et des pétrolières. À nous maintenant de choisir le nôtre.


CHANGEONS LE SYSTÈME, PAS LE CLIMAT !

mardi 13 septembre 2016

Énergie Est: l'oléoduc de la discorde


  

    Par Yan Leduc-Chun

 Cet été en Saskatchewan, la compagnie Husky Energy a déversé 250,000 litres de pétrole brut dans la rivière North Saskatchewan, source d’eau potable pour près de 100,000 personnes. L’eau doit désormais être transportée aux villages et communautés par camions. Husky Energy a payé 5 millions de dollars à Prince Albert, la plus grande ville affectée par ce dégât pour en limiter les dommages. On nous glisse subtilement mot que ce pétrole lourd ne flotte pas, il coule et se propage sur toutes les surfaces du fond marin. En conséquence, seule la moitié du pétrole déversé dans la rivière n’a pu être nettoyée.

          L’oléoduc projeté de TransCanada ferait passer 1 100 000 barils du même type de pétrole lourd par jour sur une distance de 700 Km au Québec, incluant plus de 800 rivières, dont le Saint-Laurent. Soixante pourcent de la population Québécoise, soit 5 000 000 de personnes, y puisent leur eau potable. Un déversement de 250 000 litres de pétrole y serait catastrophique. Or, Énergie Est est un pipeline de proportions immenses, beaucoup plus que celui de la rivière North Saskatchewan.

Il a fallu au moins 14 heures pour que Husky Energy trouve la fuite, relâchant ces 250 000 litres. Si Énergie Est devait fuir pendant aussi longtemps, le déversement compterait environ 100 millions de litres, soit 400 fois plus que le celui qui a détruit tout un écosystème et dépourvu des dizaines de milliers d’individus d’eau potable en Saskatchewan. Concrètement, ces proportions ressembleraient plutôt à la marée noire déclenchée par BP dans le Golfe du Mexique.

Avec le projet de Trans-Canada, la menace de contaminer l’eau de 5 000 000 de personnes planerait en permanence, sans compter que cet oléoduc anéantirait toutes les industries productives bénéficiant des eaux du fleuve ainsi que l’écosystème déjà fragilisé par nos tendances polluantes. Le Saint-Laurent se transformerait donc en un bassin géant toxique dépourvu de vie. Déjà que l’eau douce est une denrée rare, Énergie Est menace d’éradiquer sa plus grande réserve.

En Septembre 2014, Philippe Couillard a affirmé que le Québec devait contribuer à l’économie Canadienne en laissant circuler sur son territoire les sables bitumineux de l’Alberta, que ce soit par oléoduc ou par bateau sur le fleuve Saint-Laurent. Le projet est prêt, mais qu’en est-il de l’appui populaire?

Les sondages l’ont confirmé: à 90%, la population québécoise ne veut rien de ce projet d’oléoduc. En outre, les maires du Québec et de la région de Montréal sont unanimes - exception faite de Régis Labeaume: il n’est pas question de donner carte blanche à l’entreprise Trans-Energy. Le maire de la métropole a clairement fait valoir son point de vue: pour lui, les «risques sont trop importants pour notre environnement» pour trop «peu de retombées». Il compare d’ailleurs les retombées annuelles (qui se chiffreraient à 2 milliards de dollars par année seulement) au cout d’un éventuel déversement (qui pourrait couter jusqu’à 10 milliards de dollars).

Lors des audiences de l’Office national de l’énergie entamées début septembre, les maires ont claqué la porte devant ce qu’ils n’ont hésité de qualifier de mascarade en pointant du doigt des exemples manifestes de collusion entre le pouvoir provincial et trois membres du comité censé enquêter sur le projet qui auraient rencontré Jean Charest personnellement à ce sujet.

Même son de cloche du côté des syndicats: le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN s’est clairement positionné en faux devant ce projet destructeur. En tant que membre du Front commun pour la transition énergétique, dans un communiqué, la centrale locale «estime qu’il faut privilégier le développement des énergies alternatives au pétrole des sables bitumineux», l’une des énergies les plus sales de la planète.

L’opposition venue de la Belle Province a piqué au vif les élus des autres provinces canadiennes, ouvrant ainsi la boite de pandore que constitue la question nationale. Brad Wall, Premier ministre de la Saskatchewan (issu des rangs du Parti saskatchewanais, une formation libéro-conservatrice destinée à déboulonner le NPD dans cette province) espère que «les maires de la région de Montréal retourneront poliment leur part des 10 milliards de dollars de la péréquation financée par l’Ouest». Risible est son opposition alors que la Colombie britannique, qui a déjà fait savoir son opposition au projet de Trans-Canada n’a pas suscité de telle levée de bouclier. On peut certes arguer que cette dernière ne reçoit aucun denier de la péréquation, mais faut-il rappeler qu’au moment où l’exploitation du pétrole de l’Ouest n’était qu’à son balbutiement, le Québec et l’Ontario principalement finançaient la recherche pétrolière?

Faut-il aussi rappeler que si, aujourd’hui, ces provinces pâtissent de la baisse du cours du brut, ce n’est certainement pas la faute du Québec, mais bien celle de dix années de règne conservateur qui ont placé tous les oeufs dans le même panier et ont tenté de convertir le Canada un pays strictement pourvoyeur de matière première et ce, aux dépens des travailleurs et de l’environnement.

Soyons clairs: les sables bitumineux ne sont bénéfiques pour personne, que nous soyons à Montréal, Calgary ou même Fort McMurray. Selon le Parti communiste du Canada, il faudrait tout bonnement imposer un moratoire sur cette industrie et reconvertir les emplois qu’elle génère vers des secteurs plus durables aux mêmes conditions.

En effet, certains diront qu’Énergie Est créera des emplois, certainement quelques douzaines (33 pour être exact), mais risquer à la mise le plus important atout naturel du pays, dont des dizaines de milliers d’emplois dépendent, est une farce, une insulte à notre intelligence. La politique néo-libérale du gouvernement Couillard, vise à garantir les profits du 1% sur le dos du 99%.

Nous devons immédiatement nous unir et bloquer la feuille de route des intérêts de ceux qui n’ont à coeur que la cupidité des compagnes avant qu’il ne soit trop tard. Nous devons nous assurer de bloquer le projet d’Énergie-Est coûte que coûte. Pas question de mettre tout le peuple Québécois en jeux pour des intérêts privés à 2500 Km de chez nous.

Pour commencer, nous devons nous mobiliser contre le Partenariat trans-Pacifique (PTP). Ce traité de libre-échange, en fait, ressemble plutôt à une Constitution faite sur mesure pour les entreprises. Sur le simple enjeu d’Énergie Est, si ce pacte des rapaces venait à être ratifié par le Canada, toute opposition populaire serait rendue caduque puisque les entreprises auraient tout le loisir de poursuivre toutes les institutions voire tous les États opposés à la mise en place d’un projet générateur de profits - pour les actionnaires, pas pour le peuple, va sans dire.

Nous devons également nous assurer de soutenir activement toutes les forces qui s’opposent à ce projet qui ne propose que de répartir des dividendes pour les actionnaires et une dette écologique insoutenable pour les générations futures. Notre force est notre nombre; notre potentiel, notre organisation et notre substance, notre unité.

Clamons haut et fort notre refus du projet Énergie est!

jeudi 21 avril 2016

CONGRÈS DE QUÉBEC SOLIDAIRE : DE L’UNITÉ DE LA GAUCHE À L’UNITÉ DES SOUVERAINISTES.

PARTI COMMUNISTE DU QUÉBEC, SECTION DU PCC

Un débat très important aura lieu au prochain congrès de Québec Solidaire prévu à la fin de mai 2016. QS voudrait affirmer plus fortement sa position indépendantiste à travers l’assemblée constituante qu’il propose.

En vertu de son programme actuel, QS propose l’élection d’une assemblée constituante impliquant la population dans la rédaction d’une constitution. L’assemblée constituante aurait, entre autres, « pour mandat d’élaborer une ou des propositions sur le statut politique du Québec, … » et ces propositions seraient soumises au choix de la population par référendum. QS entendait promouvoir sa position en faveur de la souveraineté du Québec au cours de ce processus. Bref, on ne présume pas du résultat du travail de l’assemblée constituante, lui laissant toute la latitude démocratique pour que s’expriment plusieurs points de vue et propositions. 

QS propose maintenant à son congrès de choisir entre deux options pour amender cet élément de son programme. La première (option A) consisterait à donner à l’assemblée constituante le mandat fermé d’élaborer exclusivement un projet de constitution d’un Québec indépendant qui serait ensuite soumis par référendum à la population. Celle-ci devra alors approuver ou rejeter la proposition. 

La deuxième (option B) consisterait à donner à la constituante le mandat d’élaborer au moins deux projets de constitution du statut politique du Québec, dont celui d’un État indépendant, et au moins un autre qui le maintiendrait « dans le cadre constitutionnel canadien ». L’ensemble serait aussi soumis dans un référendum pour trancher entre les deux ou les divers projets. 

QS admet sans ambages qu’il veut enlever toute ambiguïté sur le mandat de l’assemblée constituante avant les prochaines élections. Il est clair qu’il s’agit-là d’une réaction aux pressions nationalistes, particulièrement celles du PQ qui accuse continuellement QS de diviser les forces souverainistes tout en mettant en doute sa foi souverainiste.

On pourrait penser que QS cherche à mettre la table pour une alliance souverainiste. D’ailleurs, il semble que le congrès suivant de 2017, à la veille des prochaines élections provinciales, discutera (encore une fois) de cette question de l’alliance des forces souverainistes.

L’option A proposée implique qu’un gouvernement de QS majoritaire à l’Assemblée nationale, bien qu’il aura fort probablement été élu par une minorité d’électrices et d’électeurs, va imposer sa position constitutionnelle dans le processus d’assemblée constituante. L’option B quant à elle, semble vouloir encadrer le choix du peuple pour le forcer à trancher entre l’indépendance et un statu quo inacceptable. Elle poursuit donc essentiellement le même objectif que l’option A. Son seul avantage par rapport à l’option A est qu’elle semble maintenir une certaine ouverture à la possibilité qu’il puisse y avoir d’autres scénarios, tel que le permet l’actuelle formulation.

Objectivement, l’adoption de l’une ou l’autre des options risque de rapprocher QS de la stratégie péquiste.

UN PAS EN AVANT, DEUX PAS EN ARRIÈRE!

QS est né de la volonté de la gauche politique du Québec de s’émanciper enfin de la tutelle du PQ et de s’unir au-delà de ses propres différences à propos de la résolution de la question nationale, pour affirmer au premier chef ses positions pro-socialistes et « solidaires ». Ces dernières avaient été mises en veilleuse pendant de nombreuses années sous la bannière du PQ pour préserver l’unité du camp souverainiste. 

C’est ainsi qu’avait été fondée l’Union des Forces Progressistes (UFP), un des deux ancêtres de QS, par l’unification de trois organisations politiques de gauche, le Parti de la Démocratie Socialiste (PDS) et le Regroupement pour une Alternative Politique (RAP), toutes deux indépendantistes, et nous le Parti communiste du Québec, section du Parti communiste du Canada (PCQ-PCC), qui ne l’étions pas.

L’acte fondateur de l’UFP avait été de reconnaître d’emblée que son soutien à la souveraineté du Québec n’était pas unanime dans ses rangs et que celle-ci n’étant pas une fin en soi, elle se devait d’être avant tout un instrument servant à l’émancipation des classes populaires. Option Citoyenne avec qui l’UFP créera QS en 2006, avait une position semblable, affirmant que l’article 1 de son programme devait porter sur son projet d’émancipation sociale et non pas sur la question nationale pour laquelle elle n’avait d’ailleurs pas encore de position déterminée.

Mais en 2009, QS va se positionner clairement pour l’indépendance du Québec. Tout en continuant de vouer à celle-ci une fonction instrumentale, considérant que « l’intégralité de son projet de société ne pourra se réaliser que si le Québec dispose de l’ensemble des pouvoirs aux plans politique, économique et culturel », QS pense désormais que l’indépendance devient aussi une nécessité absolue pour la préservation et le « développement d’une nation unique par son histoire et sa culture en constante évolution, autour d’une langue commune qu’est le français. » 

Depuis, la souveraineté du Québec est souvent présentée comme le vrai projet de société de QS, ou tout au moins, comme son aspect principal. On fait allègrement l’amalgame entre souveraineté et progressisme. On parle de bien commun, mais jamais on ne nomme le mode de production qui prévaudrait dans ce projet de société, on ne parle jamais de socialisme. L’indépendance et/ou la souveraineté semblent être devenues de plus en plus l’article 1 du programme de QS. La question de l’alliance des forces souverainistes, une alliance gauche-droite, revient de façon récurrente hanter les débats de ses congrès. On est en train de revenir à la case départ.

L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC DEMEURE UN PROJET COLONIAL 

Dans son programme actuel, il est dit qu’un gouvernement de QS invitera les nations autochtones à se joindre à l’exercice de l’assemblée constituante par les moyens qu’elles décideront et leur accordera une place importante si elles le veulent. Cependant, l’adoption des amendements proposés au programme limitant le mandat de l’assemblée constituante exclusivement à un projet d’indépendance va certainement leur laisser moins de place.

Du point de vue des nations autochtones, le débat entre fédéralistes et souverainistes est un débat entre Blancs dont elles sont exclues bien qu’elles soient concernées, un débat qui se poursuit entre deux puissances coloniales qui se disputent le contrôle de leurs territoires à elles. Tant le Canada qu’un éventuel Québec indépendant sont des projets coloniaux qui leur nient leurs droits nationaux.

Le projet d’indépendance du Québec implique de séparer du Canada, non pas le territoire où la nation québécoise s’est historiquement développée (la communauté de territoire étant l’un des critères établissant l’existence d’une nation), mais plutôt d’en séparer un État, une entité coloniale dont la juridiction a été étendue par le gouvernement fédéral sur de vastes territoires appartenant à plusieurs nations autochtones. Depuis la Confédération, on a ajouté à la juridiction de la province notamment les territoires et les bassins de la Baie James, de la Baie d’Hudson et d’Ungava ainsi qu’une partie de la Côte-Nord. En fait, le territoire de la province a été plus que doublé jusqu’en 1912 sans que les populations autochtones concernées ne soient le moindrement consultées. 

Certes, QS admet que « l’a priori de l’intégrité territoriale du Québec » ne peut être défendu comme le font le PQ et les autres nationalistes étroits. Néanmoins, QS n’envisage pas moins de s’associer avec ces mêmes forces nationalistes et colonialistes pour réaliser la souveraineté du Québec et, ce faisant, laisse penser qu’au fond, il ne voit pas les choses bien différemment. 

Or s’il advenait que le Québec déclare son indépendance, la question de la partition du territoire de la province va nécessairement se poser, les nations autochtones ayant en principe le droit de décider librement avec quel pays, le Québec ou le Canada, elles choisiront ou non de se lier, avec les vastes territoires ancestraux qu’elles revendiquent pour y établir des gouvernements autonomes. 

Les partis communistes du Québec et du Canada reconnaissent le droit à l’autodétermination du Québec, incluant celui de se séparer. Cependant, le Parti communiste préfère plutôt prôner l’adoption d’une nouvelle constitution qui embrasserait l’ensemble des questions nationales à la grandeur du pays, établissant ainsi un large front uni des nations opprimées pour un changement fondamental plutôt que d’exacerber les contradictions entre ces nations. À l’instar de QS, le PCQ-PCC propose aussi l’élection d’une assemblée constituante pour réécrire la Constitution canadienne et qui sera ensuite soumise pour approbation aux diverses composantes nationales du Canada. Cette constitution devrait garantir à toutes les nations de pleins droits égaux et affirmer clairement le caractère volontaire de leur association.

La raison de cette politique est de favoriser la nécessaire unité de la classe ouvrière dans sa lutte pour le socialisme : « Cette lutte pour un changement constitutionnel est cruciale dans le cadre de la lutte générale pour la démocratie, le progrès social et le socialisme. L’unité de la classe ouvrière à travers le pays sera impossible si l’on ne mène pas une lutte contre l’oppression nationale et pour la réalisation d’un partenariat nouveau, égal et volontaire des nations du Canada. »*

( * Extraits du programme du Parti communiste du Canada et du Parti communiste du Québec, Notre avenir au Canada : le socialisme!) 

lundi 15 février 2016

Les jeunes communistes marchent en solidarité avec les femmes autochtones

Aujourd’hui à 15h s’est tenue la 17e marche en solidarité avec les femmes autochtones à Montréal. Organisé à proximité du métro Saint-Laurent, cet évènement a réuni plus d’un millier de citoyens, hommes ou femmes, autochtones ou non, militants associatifs, syndicaux, politiques, féministes ou simplement solidaires de la cause qui ont bravé le froid polaire pour manifester leur soutien envers la cause des milliers de femmes autochtones assassinées et disparues depuis plus de 30 ans.

Les prises de parole de militantes autochtones ont été ponctuées d’interludes musicaux qui ont non seulement réchauffé les marcheurs, mais aussi emmaillé moments de recueillement envers les disparues ou assassinées à la réjouissance devant un avenir meilleur. Michèle Audette, ancienne présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada et de Femmes autochtones du Québec, a fait office de maitre de cérémonie. Au cours de ses allocutions, elle n’a pas manqué de saluer la présence d’organisations et personnalités «alliées» des revendications des femmes autochtones dont les députées de Québec Solidaire Françoise David et Manon Massé.

En effet, cette marche a été l’occasion non seulement de se solidariser avec les femmes autochtones, mais aussi avec l’ensemble du mouvement œuvrant à l’égalité entre hommes et femmes au Québec en général ainsi qu’à la fin de la violence genrée, ce qui inclut la défense des droits des LGBTQ+ en particulier sur réserve.

Parmi les associations présentes, la Ligue de la jeunesse communiste du Québec et le Parti communiste du Québec ont tenu à manifester leur soutien aux luttes des femmes autochtones qui, en plus de connaitre la double exploitation en tant que femmes et travailleuses, sont victimes d’un système raciste dont la violence va au delà de l’oppression nationale et s’enracine dans les politiques génocidaires successives imposées aux Amérindiens, Inuit et Métis du Canada.

«Au cours des dernières années, la cause autochtone - dont celle des femmes disparues et assassines - a gagné en importance. Il y a ne serait-ce que 10 ans, personne n’en faisait état. Il reste clairement beaucoup de chemin à parcourir, mais voir autant de militants braver les températures extrêmes aujourd’hui pour dire  «nous sommes avec vous» nous conforte dans l’idée que nous nous dirigeons dans la bonne voie» dit Normand, militant du PCQ et membre du groupe de musique amérindienne Buffalo Head Singers.

Nicolas, membre du Comité national du PCQ et du bureau politique de la LJC-Q affirme que «même si le Parti libéral et le gouvernement Trudeau ont promis l’ouverture d’une enquête au sujet des femmes autochtones disparues et assassinées ainsi que l’application des recommandations du Rapport Vérité et Réconciliation, la mobilisation de la société civile reste importante. En effet, si on entend parler aujourd’hui plus qu’hier et, espérons le, moins que demain des revendications des Premières Nations, c’est justement grâce aux mobilisations successives et au travail d’arrache-pied mené par différentes organisations progressistes dont la LJC-Q fait partie. C’est clair que si un parti comme celui des Libéraux semble avoir intégré à son discours l’urgence de s’occuper des problèmes dont sont victimes les Autochtones, ce n’est pas parce qu’ils s’en sentent fondamentalement concernés […]. Seul le temps nous dira s’ils tiendront leurs promesses, mais ce qui est certain, c’est que sans une mobilisation massive des différentes organisations, ils seront beaucoup moins pressés de les honorer. Et le temps presse.»

Poursuivant sur le thème de la mobilisation de la jeunesse communiste du Québec et du Canada, Adrien, également membre du bureau politique de la LJC-Q et responsable international de la LJC-YCL Canada rappelle que «[les mobilisations de la LJC] à ce sujet ont porté fruit non seulement au pays, mais aussi à l’international. Effectivement, lorsque nous avons formé la délégation multinationale canadienne à l’occasion du dernier Festival mondial de la jeunesse et des étudiants (plus importante manifestation anti-impérialiste à l’échelle internationale), nous nous sommes fait un point d’honneur de promouvoir les luttes menées par les Premières Nations du Canada. Par exemple, nous avons présenté une militante crie pour dresser le procès des politiques racistes et génocidaires appliquées envers les peuples autochtones lors d’un tribunal anti-impérialiste auquel plus d’un millier de jeunes du monde entier ont assisté. En outre, lors de la dernières Assemblée générale de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique [qui réunit la jeunesse anti-impérialiste à travers le monde, NDR], les organisations membres ont exprimé leur solidarité envers les peuples autochtones ainsi qu’envers les femmes en lutte l’ennemi commun des peuples: l’impérialisme. Parmi elles, mentionnons celles qui représentent la jeunesse vénézuélienne solidaire du Bloc patriotique, les militants de l’UJSARIO qui organise la lutte des jeunes saharaouis contre l’occupation marocaine ou encore les différentes organisations de jeunes palestiniens membres de l’OLP.»

À l’échelle canadienne, cette marche destinée à réclamer justice pour les femmes autochtones disparues et assassinées a pris racine à Vancouver en 1991, soit il y a 25 ans. Depuis lors, la mobilisation a fait tache d’huile et, symboliquement, des militants de l’ensemble du Canada ont choisi la date du 14 février pour exprimer leur colère contre l’inaction et l’intransigeance des différents gouvernements.

Non seulement présents à Montréal, les jeunes communistes ont pris part aux différentes marches organisées à travers le pays, d’un Canada à l’autre, que ce soit à Vancouver, Toronto ou Calgary. Partout ils se sont joints aux voix résistantes pour réclamer un changement fondamental dans les rapports entre les Autochtones et les politiques canadiennes à leur égard.



«Justice pour les femmes autochtones assassinées et disparues» 




Distribution de tracts malgré le froid... 




Les jeunes communistes en action!  




Les Buffalo Head Singers
  



Début du cortège

vendredi 12 février 2016

Justice envers les femmes autochtones disparues et assassinées

Pour la plupart, le 14 février représente la Saint-Valentin, fête de l’amour et des amoureux. Dans les communautés autochtones toutefois, l’heure n’est pas tant à la réjouissance qu’à la commémoration.

Depuis 15 ans déjà, cette date marque le début des premières marches organisées en solidarité avec les familles des femmes autochtones disparues et assassinées et pour réclamer justice notamment en initiant une enquête indépendante à ce sujet. Selon la GRC, leur nombre s’élèverait à 1181; selon les associations de femmes amérindiennes, elles seraient plus de trois mille au bas mot.

Victimes d’une violence systémique qui prend racine dans le patriarcat et l’oppression nationale, elle-même résultant d’une politique génocidaire, les femmes autochtones forment une population plus à risque d’être agressée de toute forme que ce soit.

En effet, 80% d’entre elles ont été victime d’agression sexuelle. Bien qu’elles ne représentent que 4% de la population féminine du Canada, elles comptaient pour plus de 20% des victimes d’homicides à l’encontre des femmes en 2014 et de plus de 11% des femmes disparues au pays.

Depuis les années 1980, alors que le nombre d’homicides total est à la baisse au Canada, celui des femmes autochtones demeure plutôt stable, faisant passer leur taux de 9 à 21%, soit une augmentation de plus de 65% (voir le graphique ci-dessous).




Pour nous, jeunes communistes, ces chiffres ne sont pas qu’une statistique: ils cachent une réalité bien plus vile et inavouable dans un pays aussi riche que le nôtre qui se veut être un des champions du respect des droits de l’homme et de la démocratie.


«[Le Canada] a été bâti sur deux vols successifs: celui des Peuples autochtones et celui des travailleurs.» - S. B-Ryerson

Le gouvernement Trudeau, qui tranche avec l’intransigeance honteuse du gouvernement Harper, a promis l’ouverture d’une enquête pour les femmes autochtones disparues et assassinées ainsi que le respect des conclusions du rapport de la commission Vérité et réconciliation. C’est tant mieux. Mais quelles en sont les motivations réelles? Est-ce par volonté sincère d’octroyer aux Premières Nations tous les éléments nécessaires pour garantir leur développement dans leur droit le plus strict à l’auto-détermination? Nous sommes en droit d’en douter, même si d’une certaine façon, nous devons nous féliciter que grâce aux mobilisations et actions successives (l’une d’elles étant le mouvement populaire Idle No More), la plupart des politiciens ont été sommés d’accorder une certaine attention à la cause des peuples autochtones.

Comment croire en effet que le parti politique à l’initiative de la Loi sur les Indiens, qui ne fait qu’entériner le statut des peuples autochtones comme «inférieur», un peu à l’image du système légal d’apartheid qu’elle a inspiré en Afrique du Sud; espère réellement mettre fin à cette oppression? Pourquoi ce parti, qui a pris plus de dix ans avant de considérer sérieusement les recommendations du rapport Erasmus-Dussault, est aujourd’hui si prompt à prendre en compte celles du rapport de Vérité et Réconciliation si ce n’est grâce à la mobilisation des Premières nations et / ou par pur jeu politicien abject? Comment croire enfin en la sincérité des Libéraux qui affirment vouloir établir un «nouveau partenariat» avec les peuples autochtones alors qu’ils se refusent de changer ne serait-ce qu’une virgule de la Constitution canadienne qui ne fait qu’entériner légalement l’inégalité et l’oppression nationales dont sont victimes de première ligne les Premières nations?

Pour se rappeler qu’il n’est pas question d’une simple question criminelle et judiciaire, mais plutôt de la conséquence d’un système qui génère l’aliénation des nations autochtones, nous pouvons souligner le récent exemple des victimes d’abus sexuel par les policiers de Val d’Or. Sur les 40 «agents de la paix» que compte la MRC, huit ont été formellement mis en cause dans des cas d’agression à l’égard de femmes autochtones de la région, soit près de 40% des effectifs de police. Devant un tel taux, difficile de croire qu’il s’agit de simples actes criminels; d’autant plus lorsque l’on sait que cette situation s’étend à l’ensemble du pays.

Ainsi, nous, jeunes communistes du Québec et du Canada, estimons qu’il est plus que nécessaire de bâtir un nouveau partenariat libre et consenti entre les différentes nations constituantes du Canada (soit les nations amérindiennes, inuit, métis, québécoise, acadienne et canadienne anglaise) garantissant à chacune d’entre elle le droit le plus total à l’autodétermination, y compris celui de la séparation.

Il ne fait aucun doute que sans ce consensus égalitaire entre toutes les nations du Canada, la classe dominante sera toujours plus à même de nous diviser entre jeunes et moins jeunes, Québécois et Canadiens, Autochtones et non-Autochtones, immigrés et non-immigrés. Ceci a pour conséquence fâcheuse de miner toute tentative d’unité de la jeunesse et des masses populaires contre l’ennemi commun des peuples: le capitalisme monopoliste menant à l’impérialisme. Que la résistance soit menée par les étudiants du Québec contre les hausses de droits de scolarité, de la nation Tsilhqot’in en lutte contre les oléoducs traversant leur territoire légitime ou par les Cris et Inuit du Nunavik qui tentent d’exercer leur droit au gouvernement responsable sur leurs territoires ancestraux; toutes ces luttes représentent une forme de mobilisation contre ce système qui ne perpétue que crises et exploitation.

À ce sujet, l’Assemblée générale de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (l’une des plus importantes organisations de jeunesse anti-impérialiste) a justement identifié que «l’un des principaux aspects de l’impérialisme est la division des peuples afin de servir ses intérêts. Le capitalisme perpétue la double exploitation et le patriarcat dont l’une des expressions les plus manifestes est l’inégalité de genre. […] Les peuples autochtones comptent, à travers le monde, parmi les plus opprimés puisqu’ils sont confrontés à l’exploitation nationale et, dans plusieurs cas, subissent des politiques génocidaires mises en place par les forces impérialistes.»

En ce sens, les femmes autochtones, à travers leur mobilisation, combattent ces deux aspects de la barbarie capitaliste. Nous nous solidarisons entièrement avec leur mouvement et, pour la 15e année consécutive, demandons que justice soit fait pour les femmes autochtones assassinées et disparues. Comme premier pas, il est plus qu’urgent d’initier une enquête indépendante à ce sujet, mais ceci ne saurait être que le début de nouvelles demandes et mobilisations encore plus massives car la route est encore longue et tortueuse avant d’atteindre l’égalité et la pleine justice pour les femmes et les peuples autochtones en général.

Dimanche 14 février à 15 h au métro Saint-Laurent, bravons le froid et battons le pavé en solidarité avec les femmes autochtones! Soyons une voix de résistance forte, unie et militante!


ᐱᓇᓱᑦᑏᑦ  ᓄᓇᓕᒫᓐᓂᑦ  ᒪᑭᓚᐅᕆᑦᓯ!
Llamkapakuq tukuy llaqtamanta huñunakuychik!
Otatoskewak ota kitaskinahk mamawentotan!