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dimanche 8 novembre 2015

Communiqué du front commun

Secteur public : 400 000 membres du Front commun en grève tournantes à compter de demain


Montréal, le 8 novembre 2015 – Au lendemain de la réception d’offres gouvernementales nettement insuffisantes, les 400 000 travailleuses et travailleurs du secteur public membres du Front commun entameront dès demain une seconde série de grèves tournantes afin de parvenir à un règlement négocié.

« Loin de répondre aux préoccupations du Front commun quant à l’appauvrissement des travailleuses et travailleurs du secteur public, le Conseil du trésor a le culot de nous offrir à nouveau des augmentations de 3 % sur 5 ans, dénonce Louise Chabot, porte-parole du SISP. Nous ne poursuivons pas la grève par simple plaisir, mais le ministre Coiteux ne semble pas avoir compris le message : nos membres n’accepteront pas de se laisser appauvrir pour financer des baisses d’impôt aux entreprises et aux plus riches. S’il continue de faire la sourde oreille, nous serons prêts à hausser le ton pour nous faire entendre dans les prochaines semaines. »

« La détermination et la très grande mobilisation des travailleurs et travailleuses du secteur public lors de la première ronde de débrayage ont certes eu un écho à Québec et ont forcé le gouvernement à bouger. Malheureusement, ce qui a été mis sur la table vendredi dernier est nettement insuffisant et ça prendra mieux que ça pour parvenir à une entente négociée, explique Daniel Boyer, président de la FTQ. Nous prendrons le temps au cours des prochains jours de poursuivre très sérieusement l’étude du dépôt patronal afin de continuer les discussions et tenter d’en arriver à une entente dans les meilleurs délais »

« Certes, le gouvernement nous propose une nouvelle somme de 550 millions pour corriger certaines incohérences dans la structure salariale du secteur public, reconnaît Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN. Mais il fait fi des conditions que nous avons posées, à savoir que personne ne devrait s’appauvrir au sortir de cette restructuration et que le gel salarial n’était pas acceptable. Avec la proposition du Conseil du trésor, c’est 18000 personnes qui verraient leur salaire diminuer du jour au lendemain, des milliers d’autres ne pourraient jamais atteindre le sommet qu’elles espéraient et de nombreux jeunes débuteraient leur carrière avec des salaires inférieurs. Nous ne pouvons accepter de tels paramètres. »

Grève tournante

La grève tournante du Front commun sera faite par des enseignants, des professionnels en soins, des professionnels, des techniciens, du personnel de soutien et administratif, des ouvriers et des fonctionnaires dans l’ensemble des établissements des réseaux de la santé et des services sociaux, des commissions scolaires, des cégeps, des organismes gouvernementaux et de la fonction publique.

En alternance, les différentes régions du Québec seront en grève cette semaine aux dates suivantes :

9 et 10 novembre : Outaouais, Abitibi-Témiscamingue, Laurentides, Lanaudière, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Nord-du-Québec.

12 et 13 novembre : Bas-Saint-Laurent, Capitale-Nationale, Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Côte-Nord, Estrie, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Mauricie, Montérégie ainsi que les fonctionnaires et ouvriers de la fonction publique du Québec et l’Agence du revenu du Québec.

16 et 17 novembre : Montréal, Laval et les salariés de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

L’information quant aux établissements où s’exerceront la grève et les dates auxquelles celle-ci aura lieu dans chacune des régions du Québec est disponible au www.frontcommun.org/greve

À propos

Le Front commun regroupe le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP, formé de la CSQ, du SFPQ et de l’APTS), la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Ensemble, ces organisations représentent plus de 400 000 travailleuses et travailleurs des réseaux de la santé et des services sociaux, de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la fonction publique du Québec. Les conventions collectives du secteur public sont échues depuis le 31 mars 2015.

Nouveau design pour le secteur public (caricature)


jeudi 5 novembre 2015

PLANS D'AUSTÉRITÉ DU GOUVERNEMENT COUILLARD : PRÉPARONS LA RIPOSTE GÉNÉRLE !



Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Couillard a dévoilé son programme pour les années à venir : il est déterminé à poser le fardeau de la crise du capitalisme sur les travailleurs et les étudiants. Gel des salaires des employés du secteur public et parapublic, coupes massives dans l'éducation, privatisation du système de santé, toutes ces mesures prennent la population en otage alors que le gouvernement subventionne grassement les grandes entreprises comme Bombardier à coup de milliards – soi-disant pour sauver des emplois alors qu'il en met des milliers d'autres en danger. Mais les caisses sont vides quand il s'agit d'instruire les jeunes et de leur donner une perspective d'emploi décente. Politiquement, l'acharnement des Libéraux contre les employés du secteur public et parapublic tient à une volonté mal dissimulée de vouloir affaiblir les syndicats en s'attaquant aux secteurs où ils sont plus forts et ainsi diviser les travailleurs tout en appliquant une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail. Les jeunes et les étudiants ne sont pas en reste : en tant que futur travailleurs, c'est notre avenir qui est hypothéqué, d'autant plus qu'à l'image de la grande majorité de la population, nous pâtirons tout autant de la casse des services publics. 

Nous devons donc nous joindre à la lutte des travailleurs et soutenir leurs revendications

ÉTUDIANTS – TRAVAILLEURS : FAISONS CONVERGER NOS LUTTES

Les forces pour mener une lutte acharnée et bâtir un rapport de force populaire existent : les grèves perlées constituent la plus grande mobilisation syndicale depuis longtemps ; l'appui populaire, comme en témoigne la manifestation des 2 et 3 novembre qui a rameuté plus de 1300 associations battant le pavé contre l'austérité, n'est pas en reste de même que les étudiants qui organisent des journées de grève et manifestations. La conjoncture peut donc nous être favorable et l'appui populaire sera décisif en cas de décret gouvernemental. Étudiants, nous devons nous unir autour d'un mot d'ordre clair et nous organiser pour préparer la riposte générale. 


vendredi 1 mai 2015

LUTTE ÉCONOMIQUE ET LUTTE POLITIQUE



Comme dans toute lutte populaire d’envergure, d’importants débats de stratégie et de tactiques se produisent toujours au sein même des forces populaires en lutte. Il n’y a rien d’étrange là-dedans car ce n’est que le reflet de la diversité des groupes concernés qui essaient de s’unir pour lutter, malgré que leurs intérêts, sans être divergents, ne soient pas nécessairement complètement identiques.

Cela s’est manifesté au congrès de l’ASSÉ au début d’avril, où le comité exécutif a été destitué symboliquement après qu’il eut démissionné en bloc. Formellement, le congrès lui a reproché d’avoir contrevenu aux règles de « démocratie directe » en publiant son point de vue en tant qu’exécutif, peu de temps avant l’instance, et alors que les votes de reconduction des mandats des associations étudiantes locales qui étaient en grève devaient survenir dans les jours suivants.

Cependant, tout cela couvrait dans le fond des différences de vue importantes quant à la stratégie à adopter pour le futur de la lutte et sur la relation du mouvement étudiant avec les centrales syndicales et la négociation pour le renouvellement des conventions collectives des employé(e)s du secteur public.

D’une part, analysant que le mouvement de grève lancé par l’ASSÉ risquait de ne demeurer qu’étudiant, voire de s’épuiser, l’exécutif démissionnaire suggérait d’effectuer un repli stratégique pour se joindre aux syndicats du secteur public qui auront pu obtenir leur droit de grève l’automne prochain, considérant qu’« il y a là tout intérêt à faire des négociations du secteur public une lutte politique et de joindre les mouvements étudiants et syndicaux. Nous n'apportons pas une idée nouvelle, et nous croyons que c'est dans cet esprit que le mouvement s'est bâti cet automne et ce printemps. Présentement, la possibilité de grève dans le mouvement syndical se dessine bel et bien. Elle pourrait être envisageable dès l'automne. Ainsi, une fenêtre historique s'ouvre à nous pour faire grève conjointement avec les syndiquées de la fonction publique. »

Dautre part, le regroupement appelé Printemps 2015, influent au sein de lorganisation étudiante et qui se méfie plutôt des dirigeantes et dirigeants syndicaux, soutient que la proposition de lexécutif étudiant destitué revenait à remettre la destinée de lASSÉ entre leurs mains. Il considère que lexécutif démissionnaire avait une « confiance aveugle envers la mobilisation des centrales syndicales…Ces mêmes centrales qui, en 2012, au sommet du plus grand mouvement social que le Québec ait connu, n’ont jamais envisagé la grève. Ces mêmes centrales qui sont contre toute grève illégale, qui ont appuyé la Charte et qui ne se positionnent pas contre les projets d’hydrocarbures. Et si les syndicats ne partaient pas en grève à l’automne 2015…? » Finalement, « cette focalisation sur l’agenda de syndicats de la fonction publique met de côté toutes celles et ceux que l’appel à la grève sociale vise à rejoindre. Organismes communautaires, chômeurs et chômeuses, travailleurs et travailleuses du privé : autant de forces prêtes à se mobiliser et autant, sinon plus, touchées par l’austérité. »

Selon ce point de vue, il ressort donc que la grève du mouvement étudiant, vue d’une façon plutôt enthousiaste, pourrait rallier de larges couches populaires et ouvrières directement dans une grève générale politique.  

Outre la question de l’unité du mouvement, ce point de vue soulève aussi la question du rapport qui existe entre lutte économique et lutte politique. D’un bord comme de l’autre, on oppose parfois la négociation des conventions collectives des employé(e)s du secteur public à la lutte contre l’austérité. D’un côté, il est loin d’être certain que les directions syndicales soient d’accord à politiser la négociation pour ne pas en perdre le contrôle. De l’autre côté, des partisanes et partisans de la grève politique perçoivent parfois les revendications des travailleuses et des travailleurs telles que la hausse des salaires comme potentiellement « corporatistes », alors qu’on attribue à la lutte contre l’austérité, porteuse de revendications politiques d’intérêt général, un caractère plus noble.

Étudiant les grèves survenues durant l’essor révolutionnaire de 1905 en Russie, Lénine expliquait que d’un point de vue marxiste, une conjonction insuffisante de la lutte économique et de la lutte politique constitue une faiblesse du mouvement, alors que le renforcement de la lutte économique donne au contraire une large base pour renforcer la lutte politique. Sans lien entre grève économique et grève politique, « un mouvement vraiment grand et visant à de grandes fins est impossible … sans revendications économiques, sans amélioration directe et immédiate de sa situation, la masse des travailleurs ne consentira jamais à se représenter un progrès général du pays». (Lénine, Grève économique et grève politique, Œuvres, tome 18).

Cette leçon de Lénine s’est même appliquée à la lutte étudiante de 2012 que certaines et certains considèrent comme le  plus grand mouvement social que le Québec aurait connu. Sans la revendication économique suscitant une très large adhésion des étudiantes et des étudiants d’annuler la hausse des droits de scolarité, qui fut la base du mouvement, jamais le Printemps Érable n’aurait pu être ce qu’il a été.

La négociation du secteur public au Québec, bien que portant sur des revendications économiques pour des conventions collectives, revêt elle-même objectivement un caractère hautement politique principalement pour trois raisons :
  • Elle concerne et implique en même temps une grande partie de la main-d’œuvre syndiquée de la province, soit environ 35%.
  • Elle implique une grande majorité de femmes et son résultat rejaillit nécessairement sur la condition des femmes au Québec.
  • Elle met en question le budget de l’État.

Bien sûr, elle ne résume pas à elle seule tous les aspects des politiques d’austérité, puisque le gouvernement Couillard attaque sur tous les fronts en même temps, mais elle se situe au cœur, elle constitue un de ses principaux aspects. Les conditions de travail sont, du point de vue du gouvernement, des obstacles à abattre pour démanteler les services publics. La bataille contre l’austérité ne pourra être gagnée sans une victoire des négociations du secteur public.


Finalement, considérant le fait que le gouvernement a dans les faits déjà mis fin à la négociation, surtout depuis le dernier budget Leitao, il est impossible d’envisager une réussite de cette négociation pour les travailleuses et les travailleurs sans défoncer le budget d’austérité. La victoire ne pourra être possible que dans le contexte d’une grève politique ayant raison du programme austéritaire du gouvernement.


lundi 23 mars 2015

Contre l’austérité : LUTTONS CLASSE CONTRE CLASSE


Par Robert Luxley
Journal Clarté

À peine élu, le gouvernement Couillard a donné le mandat à deux économistes bien connus pour leurs positions de droite, de faire une étude de l’état des finances publiques. Environ deux semaines plus tard, ces derniers rendaient public leur rapport : selon eux, les finances publiques étaient dans un état catastrophique et les déficits budgétaires trop importants étaient « structurels ». Par conséquent, il fallait remettre en question tous les programmes du gouvernement.

Beaucoup ont compris que ce n’était en réalité qu’une mise en scène cousue de fils blancs pour fournir le prétexte d’une offensive majeure contre les dépenses publiques d’intérêt social, un grand branle-bas de « rigueur » budgétaire, comme le gouvernement tient à tout prix à nommer ses politiques d’austérité ( la traduction anglaise de « rigueur économique » est « economic austerity »). Pire, le gouvernement, tant pour le déficit budgétaire provincial que dans le cas des déficits des régimes de retraites, a délibérément gonflé ses chiffres pour créer une situation plus alarmante.

Le premier ministre Couillard reprenait donc le programme néolibéral de Jean Charest où ce-dernier l’avait laissé, mais à un rythme accéléré. Lors de la dernière élection, il s’était rallié des radicaux de droite, comme Gaëtan Barette, transfuge de la CAQ, Martin Coiteux, proche du groupe d’extrême-droite Réseau-Liberté-Québec, et Carlos Leitão, issu des banques Royale et Laurentienne, et dont il a fait son état-major. Il a fait siennes des politiques très dures de la CAQ, cette dernière trop fière de clamer que le gouvernement lui vole ses idées.

On connait la suite : gel de la masse salariale des 500 000 employé(e)s des secteurs public et parapublic déjà sous-payés; adoption de la loi 3 s’attaquant aux régimes de retraite des employé(e)s municipaux; abolition d’organismes de concertation et de développement local et régional; hausse majeure des tarifs des services de garde et par la même occasion, mise au rancart du principe d’universalité; augmentations des tarifs d’électricité; coupes des prestations d’aide sociale pour les plus démunis; coupes en environnement, en logement, en culture, dans les services aux personnes ayant des limitations fonctionnelles, en transport; fusions et compressions budgétaires en santé, notamment avec l’adoption de la loi 10; compressions en éducation, qui se traduisent entre autres, par la suppression de l’aide aux devoirs et par la coupe des petits déjeuners pour les enfants pauvres, etc., etc.

Il s’agit d’une remise en question fondamentale du régime d’« état-providence » qui avait été établi au Québec depuis la révolution tranquille des années 1960. Et il est clair dans l’esprit du gouvernement libéral que non seulement ces compressions sont définitives, même après l’atteinte de l’équilibre budgétaire, mais qu’il va en venir d’autres.


L’ILLUSION RÉFORMISTE

On entend souvent le gouvernement se faire accuser de vouloir détruire le « modèle québécois ». Ce modèle se distinguerait de celui du reste du Canada par une implication accrue de l’État dans le développement économique et dans le soutien aux entreprises, ainsi que par une approche favorisant la concertation entre l’État et les divers agents économiques, incluant, bien sûr, les syndicats. On prétend que ce modèle serait presque le fait d’un choix démocratique, un choix de société résultant d’un consensus social. On laisse entendre que le gouvernement, parce qu’il est fédéraliste, chercherait plutôt à rabaisser le Québec au même niveau que le reste du Canada.

La plupart des dirigeantes et dirigeants syndicaux, par exemple, tout en admettant l’importance d’équilibrer les finances publiques, critiquent les politiques trop austères du gouvernement qu’ils accusent de nuire à la relance économique et même, de possiblement provoquer la récession. Des hausses de salaires et la création d’emplois, incluant dans les services publics, sont considérées comme des investissements qui, en stimulant la consommation, contribueraient à faire rouler l’économie, qui en retour, pourrait générer plus de revenus en taxes et en impôts pour l’État.

Telle est, grosso-modo, le discours qui domine dans les milieux syndicaux et progressistes qui contestent les politiques d’austérité du gouvernement actuel. Celui-ci, trop aveuglé par ses dogmes idéologiques néolibéraux, se tromperait, car, l’austérité serait « un mauvais calcul », ça ne marche pas comme le démontrerait la situation en Europe.

Bref, on n’est loin de remettre le système en question. Il suffirait d’élire un gouvernement de bons gestionnaires (et plusieurs trouvent que c’est le PQ, malgré tout, qui est le plus apte à faire ce travail), plus ouverts à la concertation et tout irait pour le mieux dans le système capitaliste.


UNE THÉRAPIE DE CHOC

Or c’est une grave erreur de croire que les Libéraux sont de dogmatiques fédéralistes et de mauvais gestionnaires parce qu’ils pratiquent l’austérité. En réalité, leur but n’est pas de relancer la consommation et faire « rouler » l’économie. Ils cherchent plutôt à mettre la classe ouvrière sur la défensive pour faire reculer les salaires dans le but de restaurer le taux des profits. Les gouvernements ne sont pas neutres, ils défendent toujours les intérêts d’une classe particulière. Ainsi, les choix économiques du gouvernement libéral visent justement à sauver le système capitaliste. Il fait à la fois d’excellents calculs pour la bourgeoisie, mais de bien mauvais pour la classe ouvrière et la population en général.

La crise économique de 2008, bien qu’elle se soit révélée à l’occasion de l’éclatement de la bulle financière des hypothèques à risque (subprimes), trouvait sa source dans les lois immanentes du système capitaliste lui-même, en particulier la loi de la baisse tendancielle du taux de profit mis en évidence par Karl Marx : « Le fait qu'elle ait démarré dans la sphère financière n'implique donc pas qu'il s'agisse d'une crise financière. Il s'agit d'une crise systémique de l'ensemble des dispositifs mis en place pour réussir à restaurer le taux de profit… » (Les limites du keynésianisme, Michel Husson, Alencontre, 15 janvier 2015).

Pendant plusieurs années depuis le milieu des années 80, la bourgeoisie avait réussi à contrer la tendance à la baisse du taux de profit en limitant les salaires. L’extension de l’accès au crédit avait en même temps servi de soupape au système, en permettant aux travailleuses et aux travailleurs de maintenir malgré tout un certain niveau de vie tout en soutenant la consommation. Mais, à partir du milieu des années 2000, la chute du taux de profit fut inexorable, engendrant la crise économique la plus grave depuis les années 30.

C’est dans ce contexte que se situe l’austérité : après avoir endetté les États pour sauver de la faillite les banques et les grandes entreprises, la bourgeoisie est maintenant à pied d’œuvre pour assainir les finances publiques et restaurer le taux des profits. « À travers la montée du chômage et l’austérité salariale, elles (les politiques d’austérité, ndlr.) permettent aussi de rétablir le taux de marge des entreprises, autrement dit la part du profit dans leur valeur ajoutée. Les pays qui ont subi l’austérité budgétaire (et salariale) la plus forte sont aussi ceux où les profits se sont le plus nettement rétablis. Et il est frappant de constater que les pays de la périphérie (Grèce, Espagne, Portugal et Irlande) ont vu le taux de marge se rétablir malgré l’effondrement de leur économie et l’explosion du chômage.

(…)

Les politiques menées en Europe ne doivent donc pas être analysées comme des politiques « absurdes » ou déficientes, mais comme une thérapie de choc, qui, au-delà de ses effets collatéraux négatifs, vise clairement trois objectifs combinés : rétablir la profitabilité, liquider autant que possible les acquis sociaux, et protéger les institutions financières et bancaires d'une dévalorisation de leurs actifs. C'est ce que ne comprennent pas les analyses keynésiennes qui, fascinées par la finance, négligent les fondements structurels de la crise. » (Les limites du keynésianisme…).

Ainsi, la politique d’austérité du gouvernement libéral est une nécessité essentielle pour la rentabilité des investissements. La faible rentabilité actuelle explique notamment que les entreprises préfèrent thésauriser plutôt que d’investir.

Selon une étude de l’IRIS, les liquidités que les entreprises ont pu engranger grâce aux réductions d’impôt dont elles bénéficient au Canada, correspondent à près du tiers de la taille de l'économie tant au Québec qu'au Canada. Le niveau des liquidités des entreprises qui s’élèvent à 630 milliards de dollars au Canada et à 110 milliards au Québec à la fin de 2014, place autant le Canada que le Québec parmi les territoires où l'épargne des entreprises est la plus élevée au monde.

Or, ces cadeaux fiscaux donnés aux entreprises expliquent non seulement le niveau des liquidités dont elles disposent mais aussi pour une grande part, le déficit budgétaire de l’État. Ainsi, alors qu’en 1963 les recettes du gouvernement fédéral provenaient à 45% du revenu des particuliers et à 55% du revenu des entreprises, en 2003, les particuliers contribuaient pour 80% et les entreprises seulement pour 20%. L’impôt combiné fédéral-provincial pour les entreprises au Québec est le plus bas en Amérique.

Comme le gouvernement doit s’endetter pour combler le manque à gagner qu’il s’impose, il choisit en retour de couper les dépenses sociales pour «assainir les finances publiques». Comme ces dépenses entrent justement dans le coût global des frais de reproduction de la force de travail de l’ensemble de la classe ouvrière, affectant le niveau de plus-value et de là, le taux de profit, la réduction de ces dépenses s’inscrit tout à fait dans la restauration d’un taux de profit général plus élevé.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que le gouvernement entend restreindre les salaires de ses employé(e)s du secteur public, d’une part, pour limiter ses dépenses, mais aussi pour servir d’exemple pour le secteur privé dont les travailleuses et les travailleurs, en tant que producteurs de la plus-value, sont la cible première des politiques d’austérité.


UNE LUTTE RÉSOLUE SERA NÉCESSAIRE

Dernièrement, alors qu’il prenait la parole devant la Chambre de commerce de Montréal, quelques militantes et des militants qui s’étaient introduits dans l’assemblée, ont chahuté le premier ministre Couillard en criant « Arrêtons Couillard! ». Ce dernier, chaudement applaudi par l’auditoire composé de gens d’affaires, a répliqué fermement : « Non! Je ne m’arrêterai pas.» La scène rappelait l’arrogant Jean Charest qui voulait envoyer les étudiantes et étudiants « dans le Nord ».

Il faudra donc bien plus que des pourparlers, des discours et des manifestations pour convaincre le gouvernement libéral de changer de cap. L’enjeu pour la bourgeoisie au Québec est fondamental et le gouvernement savait d’emblée que ses politiques susciteraient beaucoup de résistance et de désapprobation. Le gouvernement sera donc un adversaire extrêmement déterminé, comme le fut le gouvernement Charest avant lui contre le mouvement étudiant. Mais à la différence de Charest, Couillard n’est pas menacé par de prochaines élections.

Il y a donc peu de chance que l’issue de la lutte repose sur une éventuelle défaite électorale du gouvernement. Seule une mobilisation encore plus déterminée pourra forcer la bourgeoisie et son gouvernement à consentir à des compromis. Les négociations du secteur public sont dans ce contexte d’une importance stratégique car elles peuvent être au cœur de la riposte et d’un mouvement de grève générale et sociale.

mercredi 3 septembre 2014

Négociation des secteurs public et parapublic au Québec :

Faisons de la lutte pour les salaires une lutte de classe!

PIERRE FONTAINE*
Journal Clarté


Au moment d’écrire ces lignes, le processus de consultations des membres du Front commun syndical du secteur public sur leurs revendications est en cours. Le Front commun propose de faire porter la négociation prioritairement sur les salaires afin de faire un rattrapage salarial pour « combler le retard de la rémunération globale accusé par le secteur public par rapport aux autres secteurs d’emploi ».

Dans son cahier de consultation, le Front commun explique que…« les faibles augmentations salariales offertes à coups de gels de nos salaires et de décrets de nos conventions collectives ont entraîné, lentement, mais sûrement, un écart croissant entre nos salaires et ceux offerts dans le secteur privé ainsi que dans la fonction publique fédérale et municipale. En novembre dernier (2013, ndlr), l’Institut de la statistique du Québec statuait que la rémunération globale (La rémunération globale inclut outre le salaire, l’ensemble des avantages sociaux, régimes de retraite, assurances, congés, vacances, etc., ndlr) octroyée dans le secteur public accusait un retard de 8,3 % par rapport aux autres salariés québécois. Cet écart se situait à 2,9 % il y a à peine cinq ans. »

Toujours selon l’ISQ, c’est pire si on ne considère que le salaire, les employées-és du secteur public gagnant en moyenne 11,7 % de moins que toutes les autres travailleuses et travailleurs du Québec, et même 3% de moins que les salariées-és non syndiqués du secteur privé.

Le tableau ci-dessous illustre l’évolution réelle des salaires des employées-és du secteur public depuis le décret imposé par le gouvernement libéral de Jean Charest en 2005 (Le salaire de 2005 servant de point de départ correspond donc à 100%). Pour les fins de la démonstration, on y utilise le taux horaire du salaire de préposé à l’entretien ménager travaux lourds du secteur de la santé parce que ce titre d’emploi n’a jamais bénéficié de redressement lié à l’équité salariale.


Le tableau montre bien que de 2005 à 2008, les hausses du salaire nominal décrétées (2% par année) par le gouvernement étaient inférieures à la hausse du coût de la vie, de telle sorte qu’à la fin de 2008, les salaires avaient diminué en réalité de 1,3% (C’est ce qu’on appelle une croissance réelle négative, ndlr.).

En 2009, dernière année du décret, la survenance de la crise économique avait provoqué une certaine déflation et le salaire réel a pu ainsi remonter légèrement au dessus du niveau qu’il avait eu en 2005.

Cette situation a inquiété le gouvernement et a déterminé sa stratégie dans la négociation qui a suivi pour que soit rapidement rétablie une courbe descendante de l’évolution réelle des salaires.

Il a donc offert des hausses de salaire extrêmement basses. Les augmentations accordées étaient les suivantes : 0,5 % le 1er   avril 2010, 0,75 % le 1er  avril 2011, 1,0 % le 1er  avril 2012, 1,75 % le 1er  avril 2013 et de 2,0 % le 1er avril 2014. Pour les trois premières années de la convention, les hausses consenties se retrouvaient donc très nettement sous le niveau d’inflation.

Quant aux deux dernières années de la convention, les hausses accordées demeuraient malgré tout inférieures au taux d’inflation (En 2014, le taux annualisé d’inflation est actuellement à 2,4%), et étaient assorties d’une formule d’indexation partielle, conditionnelle à une progression du produit intérieur brut (PIB) au-delà d’un seuil déterminé. Toutefois, la majoration ainsi calculée ne pouvait être supérieure à 0,5 %. Malgré ce compromis qu’il consentait aux syndicats, cette formule assurait au gouvernement la garantie d’une régression récurrente des salaires réels.

Comme le tableau le démontre, selon son point de vue, le gouvernement a ainsi réussi à corriger les effets de la crise économique en réduisant drastiquement les salaires réels de 4% durant les trois premières années de la dernière convention et il a pu les maintenir en bas de ce qu’ils étaient réellement en 2005 jusqu’à aujourd’hui.

PETIT RETOUR SUR LA NÉGOCIATION DE 2010

Lors de la négociation de 2010, les salaires étaient aussi une priorité de négociation pour les syndicats. Ils demandaient alors une augmentation salariale de 11,25% sur trois ans, un peu comme dans la négociation qui s’en vient (On demande 13,5% sur trois ans).

La première réponse du gouvernement fut d’offrir une hausse salariale de 5% sur 5 ans, avec une possible amélioration de son offre pour les deux dernières années, conditionnée par une croissance du PIB au-delà de 4%. Au niveau des conditions de travail, négociées aux tables sectorielles, le gouvernement déposa le 26 mars 2010 des demandes de reculs majeurs pour créer un état de panique dans les rangs syndicaux. Ce dépôt n’étant rien de moins qu’un affront, les syndicats se mirent en recherche de mandats de grève.

Soudain en juin 2010, coup de théâtre : le gouvernement retira ses demandes de reculs aux tables sectorielles et la négociation débloqua rapidement. C’est là la « fenêtre » de règlement dans laquelle ont sauté les négociateurs syndicaux, pour arriver à une entente de principe, qui grosso-modo assurait le statu quo des conditions de travail. Sur le plan des salaires, le gouvernement n’a eu qu’à ajouter 1% à son offre initiale, soit un total de 6% sur 5 ans, et promettre 1% supplémentaire à verser à la fin de la convention collective le 31 mars 2015, si la hausse totale du coût de la vie durant la convention était supérieure aux augmentations consenties (Ce qui sera assurément le cas, mais cette indexation pourrait être compromise avec l’annonce récente du gouvernement de gel de la masse salariale).

Bref, pour le gouvernement aussi, les salaires étaient une priorité, et il a pu célébrer l’atteinte ses objectifs.

MAIS POUR QUELLE RAISONS LE GOUVERNEMENT SE VOUE-T-IL TANT À L’APPAUVRISSEMENT DE SES EMPLOYÉES-ÉS?

Le développement des services publics sous la gouverne de l’État avec la révolution tranquille durant les années 1960 a entraîné la syndicalisation des employées-és. Mais,  «…la situation monopolistique de l’employeur des secteurs public et parapublic entraîne chez la partie syndicale un processus d’adaptation : elle tente en conséquence de créer en monopole syndical ou, du moins, de présenter un « front commun » de manière à équilibrer les forces en présences. (… ) Pour infléchir le rapport de force en sa faveur, la partie syndicale fondera ses revendications sur des thèmes mobilisateurs : sécurité d’emploi, revenu familial minimum…, amélioration de la qualité de l’enseignement ou des services de santé, etc. Qui pourrait valablement s’insurger contre de tels objectifs dans une perspective sociale? On cherche aussi à réaliser des gains importants (indexation des salaires, congés de maternité, etc.) qu’on tentera par la suite de généraliser ailleurs. (…) Il s’ensuit que les négociations collectives dans les secteurs public et parapublic revêtent un caractère essentiellement politique. »
(Rapport Martin-Bouchard, Commission d’étude et de consultation sur la révision du régime des négociations collectives dans les secteurs public et parapublic, Yves Martin et Lucien Bouchard, Février 1978).

Ce caractère objectivement politique de la négociation des secteurs public et parapublic est aussi renforcé du fait qu’elle peut mettre en cause le budget de l’État. À l’époque, contrairement aux avis de la majorité des associations patronales qui plaidaient qu’il appartenait au gouvernement seul de déterminer la masse monétaire globale que les citoyennes et les citoyens sont en mesure de payer pour les missions sociales, la commission Martin-Bouchard avait recommandé « qu’il soit clairement établi que sont objets de négociations aussi bien les principes ou paramètres de la politique salariale du Gouvernement que la masse monétaire en découlant, de même que toute autre matière ayant une incidence sur le budget de l’État ». La commission arguait à juste titre: « Comment pourrait-on prétendre garder son sens véritable à la négociation si, dès le départ, on y soustrayait tout le champs des matières ayant une incidence sur le budget de l’État?… Il apparaît, en effet complètement illusoire de concevoir une négociation authentique dans le cadre d’une masse monétaire prédéterminée. »

Malgré tout,  le gouvernement ne respectera pas cette recommandation par la suite. Il aura au contraire régulièrement recours à des décrets et à des lois spéciales déterminant unilatéralement le gel et même la baisse des salaires, et les législations encadrant cet aspect des négociations chercheront plutôt à soustraire cette question à la libre négociation. Aujourd’hui, le gouvernement Couillard récidive.

Néanmoins cela n’en atténue d’aucune façon le caractère politique, mais au contraire l’accentue. En effet, la négociation des salaires est à l’origine même du mouvement syndical, elle fait partie de son essence. Empêcher la libre négociation des salaires n’est rien de moins que remettre en question le droit d’association.

Finalement, ce qui plus que tout confère un caractère objectivement politique à la négociation des salaires dans les secteurs public et parapublic est qu’elle implique en même temps une large part de l’ensemble du mouvement syndical québécois (environ 35% de tout le mouvement) et que de ce fait, ses résultats ont nécessairement un effet d’entraînement, positif ou négatif, sur l’ensemble des salaires de la classe ouvrière au Québec.

La bourgeoisie et le gouvernement étant bien conscients de cela, savent qu’en neutralisant une force aussi formidable que le front commun et en empêchant que se produisent une hausse réelle des salaires dans le secteur public, ils pourront ensuite réussir beaucoup plus facilement à contenir les salaires dans le secteur privé, où les négociations se font en général en détachements isolés.

Éventuellement, c’est toute la classe ouvrière, tant syndiquée que non syndiquée, qui subit les conséquences des défaites dans le secteur public, permettant ainsi à la bourgeoisie d’augmenter globalement la plus-value, et par conséquent, d’augmenter le taux des profits. Outre le fait que « la tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le salaire normal moyen, mais de l’abaisser (Karl Marx, Salaire prix et profit), une bonne part de l’accroissement des écarts de richesse entre les plus riches et les plus pauvres des dernières décennies au Québec est attribuable au fait que le front commun syndical des secteurs public et parapublic a pu être tenu en échec sur cette question essentielle.

LUTTONS CLASSE CONTRE CLASSE POUR DE MEILLEURS SALAIRES

Des critiques se sont fait entendre sur le choix du front commun de prioriser les revendications salariales. On soutient qu’il serait mieux de prioriser la lutte contre la fiscalité régressive, l’élimination d’emplois et la réduction de l’offre de services publics.

Sans nier que ces revendications soient importantes, je dirais qu’en réalité, la revendication prioritaire la plus appropriée sera sûrement celle qui sera la plus susceptible d’unir et de mobiliser le plus les membres des syndicats. À cet égard, les revendications salariales ont historiquement joué un rôle du dénominateur le plus commun pour réunir les centaines de professions et de titres d’emploi différents que rassemblent le front commun. De plus, comme je viens d’essayer de le démontrer dans les lignes précédentes, l’appauvrissement systématique subi par les travailleuses et les travailleurs des secteurs public et parapublic depuis de nombreuses années a créé énormément d’appétit pour des augmentations salariales et en rend la demande extrêmement pertinente.

C’est encore plus vrai pour les couches prolétariennes du front commun dont le revenu souvent se situe très près du seuil de pauvreté, voire en dessous, si on tient compte que de nombreux emplois sont précaires et à temps partiel.

À titre d’exemple, j’avais déjà fait une intervention au micro lors d’un conseil fédéral de la FSSS pour témoigner du fait qu’une fois toutes les déductions faites de mon salaire brut, mon salaire net pour un poste à temps complet dans un hôpital dépassait à peine celui au net de mon fils qui venait de débuter un emploi non syndiqué, à temps complet, au salaire minimum. En fait, c’était en juin 2013. Je gagnais $410 net par semaine alors qu’il en gagnait un peu plus de $350. À ce niveau de salaire, dans mon quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, le coût moyen d’un loyer pour un 4½ absorbe très souvent la moitié d’un pareil salaire mensuel. Pour tout le reste, il n’en reste donc pas beaucoup.

Je ne raconte pas cela pour me plaindre mais pour illustrer le fait que l’appauvrissement des employées-és des secteurs public et parapublic, majoritairement des femmes, nous ramène un peu à la situation qu’on avait connu en 1972, lorsque le front commun se battait pour le $100 par semaine au minimum pour toutes et tous. Il existe cette possibilité de faire des revendications salariales une véritable lutte de classe.

Il sera cependant nécessaire que dans sa propagande, le front commun ne se contente pas comme il le fait présentement de parler de rattrapage et de comparaison avec le privé, et d’attraction de personnel, mais place plutôt ses revendications dans la perspective d’exiger que les besoins vitaux de la classe ouvrière soient satisfaits. Il s’agit de rechercher la sympathie de la classe ouvrière pour les revendications salariales pour contrer la division que tente de faire le gouvernement entre employées-es syndiqués et usagers payeurs de taxes. Par exemple, la demande d’augmentation du front commun  pour un préposé à l’entretien ménager est de l’ordre de $100 par semaine sur trois ans. C’est loin d’être exagéré. Aujourd’hui personne ne peut vivre décemment et reproduire sa force de travail avec moins que cela.

C’est en réunissant les conditions d’une victoire que les syndicats seront le plus en mesure de résister et de lutter contre toute les attaques du patronat sur toutes les questions et sur tous les fronts, incluant la sauvegarde des services publics.

LA VRAIE QUESTION : PRÉPARER LA GRÈVE.

L’une des principales raison du succès du mouvement étudiant en 2012, mouvement auquel on se réfère volontiers en tant qu’exemple positif, est d’avoir pris le temps de préparer la grève pendant de longs mois. Cette préparation consistait notamment dans le développement d’un argumentaire et un travail d’éducation des étudiantes et des étudiants à l’effet que non seulement la grève était nécessaire, mais qu’elle pourrait être victorieuse malgré la détermination du gouvernement.

En 1989, la Fédération des affaires sociales de la CSN (la FSSS aujourd’hui) avait obtenu l’un des mandats de grève le plus fort de son histoire. Mais, cela avait été aussi longuement préparé. La FAS avait même organisé un large débat sur le thème de la grève avec un panel lors d’une de ses instances au moins une année auparavant. Notamment, l’existence d’obstacle comme la loi 160 extrêmement répressive que le gouvernement avait adoptée en 1986 fit partie des considérations. Un travail de mobilisation intensif s’ensuivit.

L’une des raisons importante de la régression salariale des secteurs public et parapublic tient justement au fait que dans le réseau de la santé et des services sociaux en particulier, les salarié(e)s n’ont plus réellement fait de grève véritable après 1989. Cela a bien sûr affecté le résultat des négociations, en particulier pour la question salariale, de l’ensemble du secteur public québécois puisque le secteur de la santé compte pour une part significative de l’ensemble, et de ce fait, un élément essentiel du rapport de force nécessaire pour gagner des hausses réelles de salaire.

Il faudrait être très naïf pour croire que l’État-employeur, qui cherche toujours à réduire ses dépenses et à contrôler les salaires, pourrait accorder une hausse sans y être obligé.

*L’auteur a été vice-président du syndicat des employé(e)s du CHUM
   et vice-président de la FSSS-CSN responsable des régions de Montréal, Laval et Grand-Nord