Affichage des articles dont le libellé est droit. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est droit. Afficher tous les articles

vendredi 11 mars 2016

La Coalition BDS-Québec et le Parti communiste du Canada poursuivent la Ville de Montréal

MONTRÉAL, le 11 mars 2016 /CNW Telbec/ - Aux dernières élections fédérales, la Coalition BDS-Québec a participé aux élections comme tiers parti en tant qu'intervenant autorisé par le Directeur des élections du Canada. La coalition a affiché 200 pancartes, payés et autorisés par l'agent officiel de BDS-Québec (comité de la CJPP) selon les exigences établies par la loi électorale. 

La Ville de Montréal a violé les droits constitutionnels des militants impliqués dans ces élections et a brimé leur droit à la liberté d'expression en arrachant des pancartes de BDS-Québec et du Parti Communiste du Canada durant la campagne électorale. Ces gestes causent un préjudice moral aux militants du BDS et aux candidats du PCC et dévalorisent leur intervention dans la campagne électorale en la traitant comme obscène, au sens propre de « à être banni de la scène ». 

Cette volonté de réduire BDS-Québec au silence s'inscrit dans une campagne plus large contre le mouvement de boycott tel que démontré par le vote anti-BDS qui eut lieu dernièrement au Parlement du Canada. Quoi qu'il en soit, les militants de BDS-Québec et les candidats du PCC sont en droits de demander des dommages moraux et matériels ainsi que des dommages punitifs pour l'atteinte à leur droit démocratique et libertés fondamentales 

Conséquemment, BDS-Québec et le PCC poursuivent la Ville de Montréal devant la Cour du Québec. La poursuite a été déposée par l'avocat Alain Tremblay de la firme d'avocats Ouellet, Nadon et Associés.

mardi 2 février 2016

La Cour pénale internationale, arme au service des puissants (Interview)



Journaliste indépendante, correspondante à La Haye (Pays-Bas), Stéphanie Maupas publie une enquête sans concession sur les rouages de la Cour pénale internationale : « Le Joker des puissants » (Éditions Don Quichotte*).

Entretien réalisé par Vadim Kamenka 
Magazine « L’Humanité Dimanche », France
Du 28 janvier au 10 février 2016, page 69
Source : www.humanite.fr

L’Humanité Dimanche (HD). Pourquoi avoir écrit ce livre, plutôt à charge, sur la
Cour pénale internationale (CPI) ?

STÉPHANIE MAUPAS (S. M.). La justice internationale est un sujet qui m'intéresse depuis 1997. Je couvrais alors, en Tanzanie, le tribunal pour le Rwanda puis celui sur l'ex-Yougoslavie. La CPI est apparue comme une suite logique car la mise en place de cette organisation m'intéressait pour mieux comprendre les événements tragiques de1994, durant le génocide au Rwanda. Pourquoi telle personne est accusée ? Quelle conséquence politique ce procès peut-il avoir sur le pays concerné ?La CPI entre en vigueur en 2002 avec un crédit énorme. Elle dispose encore aujourd'hui de cette image extrêmement positive auprès de l'opinion publique. Forcément :personne n'est pour l'impunité des criminels de guerre ! Mais, au fil des années, on réalise les nombreux dysfonctionnements d'une cour qui s'attache davantage à ne froisser aucun pouvoir qu'à enquêter. La critique est complètement taboue au motif que 2la cause serait moralement juste. Tous les acteurs de la cour 160 organisations, tribunaux, lobbies, ONG supportent mal les remises en cause. Le livre m'apparaissait le meilleur moyen pour pouvoir raconter au mieux les blocages, les erreurs, et dresser un fidèle tableau de la complexité de la CPI.

HD. Les États-Unis sont la première puissance à comprendre l'intérêt de la CPI
pour leur diplomatie. Pourquoi ?

S. M. Les autorités états-uniennes sont celles qui l'utilisent le plus souvent et le mieux. Washington réussit à imposer ses règles, ses hommes et ses cibles. Depuis les procès de Nuremberg, les États-Unis se sont impliqués avec succès pour punir leurs ennemis, protéger leurs alliés et garantir leurs intérêts. Ils utilisent la mécanique de cette institution pour imposer leur liste de suspects quand d'autres sont oubliés, voire exfiltrés. Dès les premières négociations afin d'élaborer la CPI, ils ont œuvré à ne pas se retrouver sous sa contrainte en imposant une série de garde-fous dans les statuts. Au terme des discussions, les États-Unis refuseront d'adopter le traité de Rome en 1998 (1) et batailleront contre cette cour dès sa création en 2002. Le président des États-Unis, George W. Bush, obtient la même année une exemption permanente de ses ressortissants avec la résolution 1422. C'est l'arrivée de Barack Obama qui change la donne. L'administration états-unienne comprend alors l'utilité d'user de la CPI pour défendre ses intérêts. Les autres grandes puissances comme la France et le Royaume Uni se servent également de la CPI au coup par coup (au Rwanda, au Kenya, en Côte d'Ivoire, en Centrafrique...) sans véritable logique. Au niveau régional aussi, il y a une utilisation de la cour. En Côte d'Ivoire, quand Alassane Ouattara saisit la CPI, il entend clairement se débarrasser de Laurent Gbagbo (lire page précédente, p. 68). Même chose en Centrafrique, quand François Bozizé saisit la cour, il veut écarter ses opposants éventuels dont Jean-Pierre Bemba (2).

HD. Ce détournement par les grandes puissances du rôle de la CPI est-il dû à
son organisation, qui aboutit à une justice à la carte ?

S. M. Cela provient de la marge de manœuvre importante que ces puissances ont sur cette organisation. La cour ne dispose pas de force de police : elle a donc besoin pour ses enquêtes de la coopération des États. Car, par exemple, la CPI recherche des ordres donnés de la part de hauts gradés, des témoignages de l'intérieur qui vont l'éclairer sur le système en place. Sans ces documents, de nombreuses procédures se sont effondrées car elles reposaient essentiellement sur le témoignage des victimes, ce qui ne suffit pas. La cour se montre aussi incompétente à mener convenablement ses enquêtes. Elle craint d'exiger des États, qui sont pourtant signataires, leur coopération ou elle refuse d'enquêter sur les crimes commis en Palestine, en Irak, en Colombie, en Afghanistan, au Nigeria...

1 100 personnes venant de 75 pays différents travaillent à la CPI. 1,1 milliard d’euros de dépenses depuis 2002. 8 pays ont été soumis à des enquêtes par le procureur, tous en Afrique. 32 suspects ont été poursuivis. 9 sont en fuite, 3 décédés avant leur arrestation, 3 détenus mais non extradés à La Haye. 3 jugements ont été rendus dont 1 acquittement. Sur les 18 suspects qui ont comparu devant la CPI, 6 ont débouché sur un non-lieu. 8 accusés sont sous le coup d’une procédure.

HD. Comment expliquez-vous cette incapacité d'ouvrir davantage de procédures ?

S. M. Ce n'est pas dû à sa relative jeunesse. La justice internationale existe depuis Nuremberg. Il y a des précédents : des tribunaux internationaux au Rwanda, en Sierra Leone, en Yougoslavie, qui ont formé de nombreux travailleurs compétents. Les premiers enquêteurs de la CPI avaient une longue expérience dans ce domaine, venant des services de renseignements britanniques (MI-6, MI-5) et de tribunaux internationaux. Au final, ils ont claqué la porte. Quand un procureur ouvre une enquête quelque part, il doit en informer les États. C'est une énorme contrainte statutaire. Mais il n'a pourtant pas à passer d'accord particulier de coopération. La cour peut envoyer ses enquêteurs là où elle le souhaite, sans avoir à révéler sur qui et pour quoi.

HD. Le 28 janvier s'ouvre le procès Gbagbo. La charge raciste est-elle justifiée puisque seuls des dirigeants africains ont été poursuivis depuis 2002 ?

S. M. Cette accusation embarrasse fortement la cour. Au début de la crise en Côte d'Ivoire, le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo a bloqué toute procédure pour éviter d'avoir de nouveaux reproches. Désormais, Fatou Bensouda, la nouvelle procureure depuis 2012, cherche à mettre en place un tribunal spécial sur le Kosovo sur les crimes de guerre de l'UCK (paramilitaires albanophones) , un autre sur le vol de la Malaisian Arlines MH17, une cour d'arbitrage sur le traité transatlantique (TTIP), elle veut enquêter sur la Géorgie...

Mais le bilan est catastrophique. C'est une trentaine de personnes mises en accusation dont trois jugées en treize ans ! Et ce sont trois chefs de milices locales. Seul point positif, le mandat d'arrêt contre le président du Soudan, Omar El Béchir. 



(1) Le traité de Rome est adopté et signé par 120 États, le 17 juillet 1998. Il prévoit la
création d'une cour permanente, la CPI, pour statuer sur les crimes contre l'humanité,
crimes de guerre et génocides commis depuis le 1er juillet 2002.

(2) Jean-Pierre Bemba est poursuivi pour les atrocités commises par le Mouvement pour
la libération du Congo (MLC) en Centrafrique, entre 2002 et 2003. Le MLC est intervenu
pour soutenir le président centrafricain Ange-Félix Patassé, alors en place, contre le coup d'État mené par le général François Bozizé.

* « Le Joker des puissants. Le Grand roman de la Cour pénale internationale » 


samedi 4 juillet 2015

Communiqué de la Ligue des droits et libertés

36 manifestant.e.s seront représenté.e.s par la Commission des droits de la personne contre la ville de Québec


QUÉBEC, le vendredi 3 juillet 2015 Trente-six manifestant.e.s arrêté.e.s sur la Grande-Allée à Québec, le 27 avril 2012, lors d’une manifestation féministe contre la hausse des droits de scolarité remportent une première victoire. Ils et elles avaient porté plainte à la Commission des droits de la personne (CDPDJ) en octobre 2012. Après enquête, la Commission conclut que les personnes arrêtées alors qu’elles manifestaient de manière pacifique ont fait l’objet de discrimination fondée sur des convictions politiques (profilage). Les manifestant.e.s, ainsi que la Ligue des droits et libertés, section de Québec (LDL-Qc) qui supporte la démarche, accueillent avec enthousiasme la décision de la CDPDJ.

Un point de presse aura lieu lundi 6 juillet à 10h30 au Tam Tam Café (421, rue Langelier à Québec). Des manifestant.e.s arrêté.e.s et le représentant de la LDL-Qc seront présent.e.s pour répondre aux questions des journalistes.

Reconnaissance du profilage politique

Affirmant que le Service de police de la ville de Québec a porté atteinte aux droits fondamentaux des manifestant.e.s, la CDPDJ décide de défendre leur cause devant le Tribunal des droits de la personne. Rappelons que 81 personnes avaient été arrêtées à cette occasion. « Le profilage politique trouve maintenant sa place auprès du profilage racial et du profilage social aux yeux de la Commission » explique Sébastien Harvey, coordonnateur de la LDL-Qc. « Il s’agit d’une étape historique qui ouvre le chemin à sa reconnaissance par les tribunaux ».

Le profilage politique est en effet difficile à prouver par des faits isolés. Ce sont les statistiques qui en révèlent la sévérité. Depuis cinq ans, le nombre d’arrestations liées à l’expression d’opinions politiques a connu une augmentation inquiétante au Québec. De 2011 à 2014, la LDL a répertorié 5895 arrestations pour tout le Québec. Du 15 mars au 1er mai 2015 seulement, ce sont 1006 arrestations pour les seules villes de Montréal et Québec. 87% de ces arrestations ne sont pas de nature criminelle, mais concernent des infractions à un règlement municipal ou au Code de la sécurité routière.

Rappel à l’ordre pour les municipalités et leurs services de police

Cette décision de la Commission des droits de la personne est un rappel pour toutes les municipalités du Québec à l’effet que les citoyen.ne.s ont le droit d’exprimer leurs opinions politiques dans la rue, qu’elles plaisent ou non aux autorités, aux Services de police ou à leurs concitoyen.ne.s.

Pour Jocelyne Dufour, une des plaignantes, la reconnaissance du profilage politique par la Commission est une excellente nouvelle: « On subit un climat de répression policière constante au Québec depuis des années et c’est la première fois qu’on reçoit un appui aussi important. Ça devrait redonner courage à toutes les personnes qui continuent d’être arrêtées pour avoir défendu leurs idées dans la rue. »

dimanche 21 juin 2015

Communiqué de la Ligue des droits et libertés

Enquêtes sur la police : la ministre indifférente aux demandes de plus de 40 organisations


Communiqué
Pour diffusion immédiate

Montréal, le 19 juin 2015 – Au cours des derniers mois, plus de 40 organisations ont participé à une campagne de lettres lancée par la Ligue des droits et libertés (LDL) au sujet de la règlementation du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI). Les organisations participantes demandaient à la ministre de la Sécurité publique d’être informées de la date prévue du dépôt des projets de règlements et soumettaient six revendications précises pour que cette règlementation permette une plus grande indépendance et transparence du BEI et contribue à contrer l’impunité policière. La Ligue des droits et libertés considère que la réponse que les organisations ont reçue est inacceptable et publie ce matin une lettre ouverte dans laquelle elle demande à la ministre de rectifier le tir.

«Non seulement la réponse-type reçue par les organisations ne donne aucune réponse au sujet des propositions portant sur les règlements eux-mêmes, mais elle ne répond même pas à la demande des groupes d’être informés de la date de publication des règlements. La lettre ne fait que les inviter à rester à l’affût. Nous considérons cette réponse inacceptable», déclare Nicole Filion, coordonnatrice de la LDL.

La Ligue des droits et libertés rappelle qu’un premier règlement avait été adopté l’été dernier en catimini, sans consultations. À la veille de l’été 2015, la LDL craint que la ministre ne procède de la même manière pour les règlements à venir. « Nous refusons que l’adoption de règlements portant sur des enjeux aussi importants continue à se faire sans débats. Alors que les interventions policières se soldant par la mort de personnes surviennent encore trop souvent, nous exigeons que cet appel à une plus grande indépendance, efficacité et transparence du BEI soit pris au sérieux », conclut Nicole Filion

Pour en savoir plus sur la campagne de lettres sur la règlementation du Bureau des enquêtes indépendantes

Pour lire la lettre ouverte à la ministre de la Sécurité publique publiée ce matin par la Ligue des droits et libertés

À propos de la Ligue des droits et libertés
La LDL est un organisme à but non lucratif, indépendant et non partisan, issu de la société civile québécoise et affilié à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Depuis plus de 50 ans, elle milite en faveur de la défense et de la promotion de tous les droits humains reconnus par la Charte internationale des droits de l’homme.

            -30-

vendredi 10 avril 2015

Les organisations canadiennes de défense des droits humains lancent un appel urgent pour le retrait du Projet de loi C-51


Pour diffusion immédiate
Aujourd’hui, alors que le Comité permanent de la Chambre des communes de la sécurité publique et la sécurité nationale commence son examen article par article du Projet de loi C-51 (Loi antiterroriste, 2015), sept des principales organisations de défense des droits humains du Canada ont demandé à nouveau son retrait de l'ordre du jour.
Dès le début des audiences du Comité le 9 mars 2015, des témoins experts représentant une vaste gamme de points de vue et d'opinions se sont dits préoccupés par ce Projet de loi. À mesure que les Canadiens comprennent mieux ce qu'il représente, on note une montée des inquiétudes et de l'opposition du public, comme le montre le nombre croissant des gens qui participent aux manifestations et qui signent des pétitions et des lettres. Entre-temps, des éditoriaux et commentateurs représentant toutes les tendances de l'échiquier politique continuent de critiquer le C-51, ainsi que le cadre utilisé pour son examen au Parlement.
Dès l'annonce du C-51, Amnistie internationale, l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, l’Association canadienne des libertés civiles, l’Association canadienne des avocats musulmans, l’International Civil Liberties Monitoring Group, la Ligue des droits et libertés et le Conseil national des musulmans canadiens ont déclaré que les atteintes aux droits humains y étaient si nombreuses et qu'elles étaient liées de façon si inextricable que son retrait s'imposait. Ces organisations ont déclaré qu'avant toute reforme des lois sur la sécurité nationale, il fallait d'abord en démontrer la nécessité de manière convaincante et que si le gouvernement décidait d'aller de l'avant, il devait le faire d'une façon totalement harmonisée avec la Charte de droits et libertés et conformément aux obligations internationales du Canada en matière de droits humains.
« Toute loi qui accepte comme prémices qu'en réponse aux menaces touchant la sécurité du Canada, il est pertinent et acceptable d'accorder au SCRS des pouvoirs juridiques explicites qui l'autorisent à violer la Charte des droits, et qui tente de donner un air de légitimité à ce processus en donnant aux juges le pouvoir d'autoriser de telles infractions à la Charte, eh bien, cette loi part sur un bien mauvais pied », proteste Alex Neve, secrétaire général d'Amnistie internationale Canada (section anglophone). « On ne peut défendre la sécurité nationale en invitant des juges à se porter garants d'infractions contre la Charte. Le Projet de loi C-51 fait fi de l'importance primordiale des droits humains pour le maintien de la sécurité nationale et pour cette raison, il doit être retiré. »
« Le Projet de loi C-51 mérite un débat authentique, approfondi et sérieux. Malheureusement, ceux qui l'ont critiqué ont souvent été la cible d'attaques partisanes mettant en cause leur volonté de protéger le Canada du terrorisme. Il semble qu'on observe une fâcheuse tendance à répondre à toute critique sérieuse du C-51 en attaquant la crédibilité des porte-parole », déplore Carmen Cheung, conseillère juridique principale de l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique. « Il ne fait aucun doute que liberté et sécurité doivent marcher main dans la main et pour cette raison, l'efficacité du C-51 à assurer la sécurité du public reste à démontrer. Nous croyons que, compte tenu des graves dangers qu'il représente pour les libertés civiles et les droits humains, ce Projet de loi doit être retiré. »
« Dans l'ensemble, les audiences du Comité n'ont offert qu'un bien mince aperçu de la question, tout à fait inapproprié pour présenter aux Canadiens – et même aux membres du Comité – une explication adéquate des pouvoirs inédits proposés par le C-51, ainsi que pour montrer le changement radical qu'il constitue par rapport au cadre législatif actuel régissant les questions de sécurité nationale », déclare Sukanya Pillay, avocate générale et directrice exécutive de l'Association canadienne des libertés civiles.
« On demande aux Canadiens de faire confiance aux autorités et de croire qu'elles ne permettront pas que les pouvoirs excessifs et la portée démesurée du C-51 aient des effets néfastes pour les gens du public qui respectent les lois, même si ces pouvoirs sont si étendus qu'ils font le lit de toutes sortes de dérives. En fait, le C-51 ne comporte aucune disposition juridique substantielle limitant celles-ci. Or, c'est le devoir de nos parlementaires de rédiger des lois claires et précises, assorties de mécanismes d'imputabilité appropriés, surtout si la sécurité et la liberté sont en jeu. Pour ces raisons, ce Projet de loi doit être retiré. »
« Nous avons insisté sur le fait que le Projet de loi C-51 est farci de clauses qui violent la Charte des droits et d'autres dispositions des lois canadiennes. Tel est le message qui a été répété maintes fois par des sommités juridiques des milieux universitaires, d'anciens parlementaires et de nombreux autres experts qui ont témoigné devant le Comité. De plus, le gouvernement a refusé de divulguer les avis juridiques qu'il a reçus de ses propres conseillers juridiques quant à la conformité du Projet à la Charte, » note Ziyaad Mia, de l'Association canadienne des avocats musulmans. « Pourquoi le gouvernement est-il donc si déterminé à promouvoir des lois controversées qui seront sans doute à l'origine d'une pléthore de litiges dont le règlement nécessitera beaucoup de temps, et qui entraîneront presque certainement l'invalidation de grands pans de celles-ci? Les Canadiens s'attendent à mieux, et ils le méritent; ce Projet de loi doit être retiré. »
« Au tout début, les Canadiens ont manifesté un important appui au C-51, car, selon la plupart de ses promoteurs, il s'agissait d'un instrument qui donnait aux organismes canadiens d'application des lois et de protection de la sécurité les pouvoirs nécessaires pour prévenir le terrorisme », explique Roch Tassé, coordonnateur national de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles. « Or, cet appui populaire s'est dégonflé rapidement et de façon spectaculaire à mesure que les hommes, femmes et jeunes gens de tout le pays ont compris la signification du C-51, et ce, en dépit des efforts du gouvernement pour le faire adopter à toute vapeur, notamment en limitant la durée de la période d'examen et les occasions d'en évaluer les véritables enjeux. Les appuis pour ces mesures draconiennes sans précédent sont en chute libre, et il est clair que ce Projet doit être retiré. »
« Parmi les nombreux et graves problèmes qui ont fait surface pendant les audiences, il faut noter les inquiétudes des nations autochtones, des groupes environnementaux, des milieux du travail, des organisations de défense des droits humains et d’autres groupes, qui soutiennent que le C-51 menace le droit de manifester au Canada, car il n'accorde une protection explicite qu'à ceux qui participent à des manifestations jugées « légitimes », constate Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés. « À ceux qui s'inquiétaient de cette lacune devant le Comité, le gouvernement répondait qu'ils étaient mal renseignés et que ces nouveaux pouvoirs ne seraient jamais utilisés de façon abusive. Or, ces promesses sonnent creux parce que de toute évidence, le gouvernement ne semble pas vouloir mettre en œuvre un robuste mécanisme de surveillance et d'examen susceptible d'évaluer adéquatement l'efficacité et la légalité des activités de sécurité nationale au Canada. Ce Projet de loi doit donc être retiré. »
« Compte tenu de l'impact disproportionné qu'ont eu les mesures de sécurité et les lois antérieures sur les musulmans du Canada, il n'est pas étonnant que ceux-ci craignent de devenir les victimes indirectes de ce filet de pouvoirs illimités ou du partage sans restriction des renseignements personnels, voire même d'être visés directement par des mesures d'examen iniques », avertit Ihsaan Gardee, directeur exécutif du Conseil national des musulmans canadiens. « Alors que le gouvernement aurait dû tenter d'apaiser ces inquiétudes légitimes, nous avoir été témoins de tentatives de marginalisation des musulmans canadiens et de leurs institutions, ainsi que d'interprétations erronées à leur sujet. En effet, pendant les audiences du Comité, au Parlement, dans les médias et au cours d'événements publics, des élus, des sondeurs et d'autres commentateurs de la scène politique ont vilipendé les musulmans du Canada et les organisations qui les représentent. Nous avons entendu des commentaires incendiaires, discriminatoires ou même carrément faux concernant ces gens, leurs croyances ou leurs sympathies, et nous avons été témoins de tentatives répétées d'amalgame de l'Islam et des musulmans avec le terrorisme. Par de tels agissements, on a exploité cyniquement les préjugés populaires et on a tenté de semer la peur et la méfiance au sein du peuple dans le seul but de faire des gains politiques. Ce Projet de loi ne peut que créer un faux sentiment de sécurité, alors qu'il devrait jeter les bases d'un cadre de travail facilitant une saine collaboration avec des communautés qui contribuent déjà au maintien d'un Canada fort et sécuritaire. C'est pourquoi ce Projet de loi doit être retiré. »

dimanche 17 août 2014

Fierté 2014: déclaration du Parti communiste du Québec et de la Ligue de la jeunesse communiste





Voici que la Fierté 2014 bat son plein à Montréal avec, entre autres, le festival InterCités et le défilé de la fierté ainsi que des centaines d’évènements dans des villes et villages au Québec et au Canada. C’est l’occasion de célébrer les avancées obtenues par les communautés LGBTTQ+ et d’évaluer les défis auxquels elles sont encore confrontées. L’an dernier a été marqué par un ensemble de victoires mais aussi par une multitude de signaux laissant présager d’un recul de la part des forces anti-égalité. De plus en plus de pays reconnaissent le mariage entre conjoints de même sexe et d’autres droits fondamentaux des LGBTTQ+. Au Canada, la lutte pour mettre fin à la discrimination basée sur l’orientation sexuelle et l’expression ou identité de genre a connu de nouveaux développements. 

La dernière victoire en date a été l’adoption d’une politique LGBTTQ+ amendée par la Commission Scolaire de Vancouver après la défaite d’une campagne haineuse  par les employés syndiqués de la Commission scolaire et par la Coalition pour des écoles plus sûres. Au Québec, nous pouvons aussi souligner la victoire électorale de la troisième candidate de Québec solidaire et militante pour l’égalité des droits Manon Massé.   

L’universalisation d’environnements «queerpositifs» dans les médias populaires, le mouvement syndical et d’autres sections de la société mérite d’être particulièrement soulignée. Dans le domaine  des sports professionnels, la sortie du placard de Michael Sam, joueur pour l’équipe de la NFL des Rams de St-Louis et le rejet massif des réactions inappropriées indique que de nouvelles barrières tendent à tomber. Les nombreuses victoires légales, politiques et culturelles récentes sont l’aboutissement de décennies d’efforts fournis par la communauté LGBTTQ+ et par ses alliés. Mais la peur et la haine n’ont pas pour autant disparu comme nous avons pu le voir lors des rassemblements «Manif’ pour tous» en France l’an dernier, l’interdiction par le parlement russe des soi-disant relations sexuelles «non traditionnelles» et les tentatives d’interdire des mariages entre conjoints de même sexe dans certains États des États-Unis. Le 14 juin dernier, Ulrike Lunacek, coprésidente du groupe LGBT au Parlement européen a été agressée par un fanatique alors qu’elle participait à la au défilé de la Fierté de Vienne. Dans plusieurs pays, les gays, lesbiennes et trans* continuent d’être confrontés aux menaces, à la violence, à l’emprisonnement voire la mort. Le mensonge selon lequel l’égalité totale ne peut être gagnée que dans les pays capitalistes d’Occident est démenti par certains pays progressistes dont le Brésil, Cuba et l’Afrique du Sud ainsi que par les conceptions racistes et homophobes qui perdurent en Europe et en Amérique. Cette année, la Fierté de Toronto a organisé des évènements avec Mariela Castro Espin, la directrice du Centre national d’éducation sexuelle de Cuba qui y a dirigé le mouvement pour les droits des gays, lesbiennes et trans*. Cette occasion a permis de montrer comment le machisme et d’autres idéologies anti-égalitaires peuvent être combattues avec l’aide de gouvernements progressistes. 

Ici, au Canada, nous n’avons pas à nous auto-satisfaire tel que nous le rappellent les tentatives de dérouter les politiques pro-LGBTTQ* dans les écoles. Les forces anti-égalitaires ont des amis influents au sein du gouvernement conservateur, malgré leur condamnation hypocrite des lois homophobes votées au Parlement russe. Par exemple, le Sénat dominé par les conservateurs n’a toujours pas approuvé la loi C-279 censée amender le Code des droits de la personne afin d’inclure l’«identité de genre» aux dispositions légales concernant les crimes haineux. Les coupes dans les services sociaux générées par les programmes d’austérité voulus par le patronat et les attaques contre les syndicats ont un impact particulièrement négatif sur les femmes, les peuples autochtones et les communautés ethniques, rendant beaucoup plus difficile l’implantation d’avancées significatives vers l’égalité. Les membres les plus marginalisés de la communauté LGBTTQ+, dont les trans*, bispirituels, queers issus d’une communauté ethnique ou jeunes, représentent ceux qui sont les plus durement touchés par les coupes austéritaires. 

La communauté trans* se bat continuellement pour leurs droits égalitaires. Il ne s’agit pas d’une problématique «marginale»: les trans* représentent 10% de la population LGBTTQ+ et sont confrontés à des coûts médicaux énormes, un taux de chômage plus élevé, à un accès limité au logement, à une intimidation accrue au travail et au manque de protections légales. Les forces de droite continuent de stigmatiser la communauté LGBTTQ+ tout comme plusieurs groupes ethniques et minoritaires. 

L’homophobie et la transphobie, tout comme le racisme, le sexisme et le chauvinisme national sont des armes pour diviser la classe ouvrière dans sa lutte pour un monde meilleur. Aujourd’hui, la classe dirigeante utilise la crise économique, la soi-disant «guerre contre la terreur» et maintenant, l’anticommunisme digne de la Guerre Froide de Stephen Harper pour justifier les attaques contre les droits des travailleurs et l’égalité sociale. Mais une attaque contre un en est une contre tous. Notre unité se renforcera en adoptant des dispositions légales garantissant toute orientation sexuelle, expression et identité de genre. Cette unité est un élément vital de la large opposition démocratique et sociale à la feuille de route austéritaire et belliciste du patronat. Ensemble, nous devons bâtir un mouvement puissant afin de mettre de l’avant les besoins du peuple et non la cupidité de la bourgeoisie monopoliste. La communauté LGBTTQ+ doit être un acteur-clé dans les efforts pour construire une coalition populaire composée de syndicalistes, des peuples autochtones, de la jeunesse et des étudiants, de femmes, de retraités, petits paysans, immigrants et communautés ethniques, environnementalistes, militants pour la paix et plusieurs  autres alliés. 

En définitive, la résistance des masses dans nos communautés et lieux de travail, dans les rues et dans les urnes, doit défaire les conservateurs et aider à ouvrir la porte à un gouvernement pour le peuple et non pour les profits. Le but du Parti communiste est de gagner l’égalité sociale totale et un gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple dans un Canada socialiste où nos ressources et notre économie seront appropriées socialement et contrôlées démocratiquement. 

Cette avancée démocratique rendra possible l’éradication de toutes formes d’exploitation et d’oppression combinées auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontées. 

Nous vous invitons à rejoindre le Parti communiste et la Ligue de la jeunesse communiste pour construire une société libérée dans laquelle, comme l’affirmait Karl Marx, «la liberté de chacun est la condition de la liberté de tous». 

N.B.: Dans cette déclaration, l’acronyme LGBTTQ+ renvoie à «lesbienne, gay, trans*, bispirituels, queer et autres». Les débats terminologiques sont toujours en cours...