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mardi 25 décembre 2018

L'Union européenne complice de la colonisation marocaine du Sahara occidental

Omar Hasana, dirigeant de la jeunesse du Front Polisario 

Adrien Welsh

Le 10 décembre dernier, la Commission du commerce international de la Commission européenne a adopté un rapport entérinant l’extension des droits de pêche convenus en vertu du traité de pêche Maroc – UE aux eaux adjacentes au territoire du Sahara occidental, occupé par un Maroc nostalgique de l’Empire chérifien depuis 1976. Or, la Cour de justice de l’Union européenne avait justement invalidé cet accord en raison du fait que le territoire sahraoui était compris comme partie intégrale du Maroc et ce, sans aucune consultation du Front Polisario, reconnu comme le représentant du peuple sahraoui par l’ONU.

En effet, en 2017, la CJUE accordait une victoire symbolique à la République arabe sahraouie démocratique en statuant invalide l’accord de pêche UE-Maroc, celui-ci « ayant été conçu sur la base de l’intégration unilatérale du Sahara occidental [au territoire marocain] et de l’affirmation de sa souveraineté sur ce territoire, le peuple sahraoui n’a pas librement disposé de ses ressources naturelles, comme l’impose pourtant le droit à l’autodétermination. » Un jugement similaire avait été rendu en 2016 au sujet d’un accord agricole entre Rabat et l’UE.

samedi 4 juillet 2015

Jerónimo de Sousa, SG du PCP, rencontre la communauté portugaise de Paris


«Si on lutte, on ne gagne pas toujours, mais si on ne lutte pas, on est sûr de perdre»

Par Adrien Welsh
Responsable de la commission international de la YCL-LJC

«Eles comem tudo e não deixam nada» comme le chantait Zeca Afonso (le compositeur du fameux hymne de la Révolution d’Avril, Grândola Vila Morena). C’est probablement la meilleure façon de décrire la situation actuelle au Portugal. Une traduction plausible serait: «ils mangent tout mais ne laissent rien», faisant référence aux «vampires» capitalistes qui imposaient une chape de plomb au pays notamment à travers une dictature fasciste qui s’est étendu de 1926 à 1974. 

Bien qu’il y a aujourd’hui 41 ans qu’avec le concours des communistes, la dictature de l’Estado Novo ait été déchue et que le Portugal se soit doté d’une des Constitutions les plus progressistes d’Europe, ce pays est certainement l’un des plus touchés par les plans de restructuration voulus par les nouveaux «vampires» de la «Troika» (Union européene, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). 

En 2013, plus de 128 000 Portugais ont préféré quitter leur pays, et leur nombre ne cesse d’augmenter année après année. En France seulement, ils sont plus d’un million et demi, soit environ 15% de la population du Portugal. 

C’est pour cette raison qu’en vue des élections législatives et présidentielles qui se tiendront en septembre et octobre prochains, Jerónimo de Sousa, secrétaire général du Parti communiste portugais s’est déplacé à Puteaux en région parisienne pour rencontrer la communauté portugaise. Cette rencontre avait pour objectif de discuter des problèmes auxquels sont confrontés les Portugais émigrés et de les intégrer à la plate-forme électorale définitive du PCP (dont les grandes lignes ont été dévoilées le 26 mai dernier). 

Parmi les thèmes discutés entre les 23 associations présentes et le Secrétaire Général du PCP, celui du manque de reconnaissance des immigrants portugais tant par les gouvernements français que portugais a été le plus récurrent. Jerónimo de Sousa a identifié cette situation comme corollaire des coupes successives dans les services publics et la «déresponsabilisation de l’État», produit des différentes politiques de droite appliquées depuis 38 ans. 

Ces quatre dernières années, environ 400 000 emplois ont été supprimés, gonflant le taux de chômage à 14%. En conséquence, les chiffres officiels estiment qu’il existe 2,5 millions de pauvres ou en voie de le devenir. À tout ça il convient d’ajouter les coupes de salaires, dans les pensions de retraite, dans les services sociaux, la santé, etc. Et comme partout, ce sont les jeunes qui en sont le plus durement touchés. 

Cette situation n’est pas un «châtiment divin», pour reprendre les termes du dirigeant communiste. Ce n’est pas non plus parce que les Portugais auraient vécu «au-dessus de leurs moyens», gonflant ainsi la dette publique du pays, que toutes ces coupes budgétaires ont été appliquées. Il s’agit au contraire d’une politique concrète et concertée de la part des gouvernements successifs qui s’est avérée de plus en plus dure à partir de la signature du «pacte d’agression» voulu par la Troïka il y a quatre ans. 

Malgré le rôle important de la Troïka et de l’UE dans ce processus, Jerónimo de Sousa a insisté sur l’analyse du PCP qui affirme que la plus grande part de responsabilité incombe au gouvernement portugais, contrairement à ce que prétendent certains. D’ailleurs, les politiques du mémorandum continuent à être appliquées malgré que celui-ci soit arrivé à échéance il y a près d’un an. 

Quant à l’atteinte de son objectif principal, soit éviter la banqueroute du pays, l’hypocrisie des dirigeants est à souligner. La signature du pacte d’agression n’a fait qu’empirer les choses: le Portugal est, aujourd’hui plus que jamais, dépendant et endetté. Depuis 2008, ce sont 160 milliards d’euros qui ont été alloués dans le paiement des seuls intérêts de la dette. À cette somme s’ajoutent les millions d’euros alloués aux plans de sauvetage des différentes institutions financières.

Ensuite, le camarade de Sousa a étayé les grands axes du programme du PCP et de la CDU (coalition électorale entre les communistes et les verts) pour les élections prochaines, soulignant qu’elles auront un impact des plus importants pour l’avenir du pays. En effet, le Portugal se trouve confronté à un dilemme: «poursuivre avec politique qui mène au désastre» ou opter pour une rupture radicale. 

Pour le PCP, il ne fait aucun doute que la seule façon de se sortir de cette situation intenable passe par une rupture avec cette politique de droite au service de l’UE et des grands groupes financiers. Les communistes revendiquent donc une opposition de front, une politique «patriotique et de gauche», au service du peuple, des travailleurs et qui sera porteuse des valeurs de la Révolution d’avril. 

Elle passe entre autres par une renégociation de la dette, par la défense des acquis sociaux, des salaires et des pensions de retraite, par la défense des droits constitutionnels comme le droit à l’enseignement public et gratuit (y compris pour les Portugais résidant à l’étranger) ainsi qu’à la santé. Un autre point important de cette politique consiste en l’investissement public dans les secteurs productifs de l’industrie nationale plutôt que de l’offrir en cadeaux aux banques et aux grands groupes monopolistes. Pour y a arriver, les communistes insistent sur l’importance de nationaliser les banques et taxer les transactions financières. 

Concernant la possibilité d’une participation au gouvernement, la position du PCP est claire. Il ne s’agit pas d’une position de principe, mais plutôt de savoir quels intérêts seront pris en compte. Le PCP est prêt à prendre part au gouvernement, du moment que celui-ci travaille dans les intérêts de ceux qui travaillent et de ceux qui ont travaillé. Pour l’instant toutefois, tant le PS que les formations de droite (PSD, CDS, PP) s’entendent sur les grandes lignes et ont une part de responsabilité égale dans la politique de droite incrémentée jusqu’ici. Aucune alliance n’est donc possible.  

Cette rencontre a ainsi été l’occasion de prouver que le Portugal peut aspirer à un avenir meilleur; mais sans une rupture de fond avec tous les acteurs coupables de la situation catastrophique que vit le pays, aucune amélioration des conditions de vie des travailleurs et du peuple en général n’est possible. Cette politique de rupture, seuls le Parti communiste portugais et son alliance électorale, la CDU, la portent et quel que soit le résultat électoral, il n’est pas question de s’en soustraire. «Si on lutte, on ne gagne pas toujours, mais si on ne lutte pas, on est sûr de perdre»; telle a été la conclusion de Jerónimo de Sousa. 

La lutte pour le progrès, justice sociale et la démocratie avancée en vue du socialisme, le PCP n’est pas près de l’abandonner. «Le PCP est un parti avec une longue histoire de cohérence [...] qui ne travaille pas pour ses propres intérêts, mais pour les intérêts du peuple avec qui il combat en permanence et pas seulement lorsqu’il s’agit de réclamer des voies.» 

Le PCP a lancé sa campagne électorale plus tôt en juin en organisant une marche nationale «La force du peuple» à laquelle se sont joints plus de 100 000 manifestants à Lisbonne.  Un message important qui rappelle à quel point les communistes, d’une part, sont prêts à lutter du côté du peuple, et d’autre part, que leur idéologie n’est pas désuète mais bien en lien avec les revendications populaires. «Nous ne sommes pas au-dessus des gens. Nous sommes des hommes et des femmes avec des valeurs et une foi concrètes. [...] Nous servons la cause la plus noble: servir le peuple et les travailleurs».

vendredi 27 mars 2015

INTERVIEW DE GIORGOS MARINOS, MEMBRE DU BP DU CC DU KKE DANS LE JOURNAL "UNSERE ZEIT" DU PC ALLEMAND



UZ: Les développements récents en Grèce conduisent aux élections législatives le 25/1. Le KKE, comment agira-t-il dans cette lutte électorale? Sera le KKE en mesure de faire face avec succès à la polarisation attendue autour du scénario prétendue «en faveur de» ou «contre» l'UE?

Giorgos Marinos: On ne va pas voir la polarisation décrite ci-dessus (concernant l'UE), puisque les deux partis principaux qui se disputent le pouvoir (ND et SYRIZA) se sont engagés à l'UE. En effet, le président de SYRIZA, A. Tsipras, a déclaré clairement: «Nous appartenons à l'Occident, l'UE et l'OTAN. Nous ne contestons pas cela ». Ainsi, la polarisation qui sera recherchée sera entre d'une part la peur qui est cultivée par ND, que si la ligne politique actuelle antipopulaire n’est pas suivie, il y aura une catastrophe, et d'autre part, l'exploitation de l'indignation du peuple et les illusions de gestion favorisées par SYRIZA, qui, malgré son pourcentage électoral haute ne contribue pas au développement des luttes de la classe ouvrière.

Notre Parti, avec des luttes importantes et le travail de propagande de masse, démontre aux travailleurs que quelle que soit la formule de la gestion bourgeoise, dans le cadre de l'UE, de l'OTAN et du chemin de développement capitaliste, ce ne sera pas dans l'intérêt des travailleurs et d’autres couches populaires. La solution est de renforcer le KKE partout, dans le parlement aussi, afin de renforcer la lutte du peuple et ouvrir la voie à des changements radicaux.

UZ: Les médias de masse en Allemagne tiennent des discours alarmistes sur l'effondrement de la Grèce si la « gauche radicale », c’est à dire SYRIZA, remporte les élections. L'UE intervient déjà dans la lutte électorale. Quelles sont vos attentes par rapport à la ligne politique qu’Alexis Tsipras va suivre?

Giorgos Marinos: Ils peuvent tenir des discours alarmistes en Allemagne, comme le fait le parti gouvernemental ND en Grèce, mais d'autres sections du capital s’expriment différemment et ils soutiennent ouvertement un possible gouvernement de SYRIZA.

Bien sûr, les deux partis (ND-SYRIZA) ont des différences qui expriment les différences qui existent au sein des pays de la zone euro et entre des sections des monopoles, de la bourgeoisie et des hommes d'affaires. L’une des vues, qui est à l'heure actuelle la dominante au sein de la Commission, l'UE, l'Allemagne, parle d'une ligne politique restrictive, de la poursuite des mesures d'austérité afin que chaque pays puisse sortir de la crise et que la zone euro dans son ensemble ne glisse pas dans la crise. De l'autre côté, il y a le point de vue qui parle d'une politique plus expansive, en tout cas, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a parlé d’un relâchement fiscal afin d'accroître la liquidité, pour fournir de l'argent à des hommes d'affaires pour des investissements. Ils affirment, comme SYRIZA le fait aussi, que l'économie va « respirer » de cette manière. Cet argent quand même n’ira pas au peuple, mais aux différentes sections de la ploutocratie, les monopoles.

Donc, lors SYRIZA est en concurrence avec ND par rapport à la question qui permettra le meilleur renforcement de la rentabilité du capital, la «compétitivité» de l'économie, le remboursement de la dette, il ne peut y avoir aucune attente qu'une ligne politique en faveur du peuple soit mise en œuvre par un gouvernement de SYRIZA. SYRIZA est devenu un parti social-démocrate. La vie a démontré que les « gouvernements de gauche», à la fois en Grèce et dans l'Europe, sont devenus les « ponts » pour des politiques plus à « droite ».


UZ: Quel est le chemin pour le pays proposé par le KKE concernant la dette et l'UE?

Giorgos Marinos: Le KKE a démontré que ce n’est pas le peuple qui est à blâmer pour la dette, mais le capital et ses gouvernements. En bref, c’est l'adhésion du pays à la CEE - l'UE, qui a détruit des secteurs traditionnels de l'économie, qui est responsable, ainsi que le chemin de développement capitaliste dans son ensemble, puisque l'état a fait des emprunts afin de servir la rentabilité du capital et demande maintenant les travailleurs à payer. Nous appelons le peuple à ne pas reconnaître la dette.
En outre, nous soulignons que le plan de ND pour un « allongement » du remboursement de la dette, qui est maintenant également accepté par des cadres de SYRIZA, ainsi que l'objectif officiel de SYRIZA et du FMI au sujet d'une «décote» de la dette de sorte qu'elle puisse devenir «viable», ne libèrent pas le peuple de ce fardeau financier insupportable, ne conduisent pas à une reprise des pertes affectant le revenu du peuple depuis le début de la crise capitaliste, ne mettent pas non plus un frein à la poursuite des mesures antipopulaires.

Ce que le peuple doit faire est de créer les conditions préalables, dans la société, pour ouvrir la voie pour une annulation unilatérale de la dette, le désengagement de la Grèce de l'UE et de l'OTAN, la création d'une économie qui fonctionnera sur la base des besoins du peuple, et non pas pour la rentabilité du capital. Cela exige un pouvoir ouvrier-populaire. Le regroupement du mouvement ouvrier-populaire est une condition préalable, ainsi que la formation de l'alliance populaire de la classe ouvrière avec les autres couches populaires, ce qui peut être mis en place à travers le renforcement décisif du KKE.

UZ: Le KKE rejette la participation dans le PGE. Quelles sont les raisons qui vous conduisent à cette position? Il n’y a pas de raisons qui militent en faveur d'une telle coopération?

Giorgos Marinos: Le KKE a fêté 96 ans d’activité incessante. Depuis sa fondation, notre Parti a été et reste un parti internationaliste. Les Rencontres internationales des Partis communistes et ouvriers ont commencé il y a 16 ans à Athènes, à son initiative. Il répond activement aux invitations internationales d’autres partis, il entreprend des initiatives pour coordonner l’activité au niveau mondial et régional. Donc, nos différences avec le PGE ne sont pas liées à la question si il devrait y avoir une tentative de coordonner l’action, mais dans quelle direction cette coordination devrait être.
Plus précisément, le KKE considère que l'activité conjointe contre la guerre et les interventions impérialistes, contre le chemin de développement capitaliste, contre les mesures anti-ouvrières et antipopulaires, les unions impérialistes de l'UE et l'OTAN, contre toute union impérialiste, doit être renforcée. Notre objectif doit être l’élaboration d’une stratégie révolutionnaire contemporaine à un niveau international.

Cela ne peut être réalisé par le PGE, qui a été établi sur la base des décisions de l'UE elle-même. Tous les soi-disant «partis européens» (y compris le PGE) dans leurs documents acceptent obligatoirement et soutiennent l’« édifice » impérialiste de l'UE et reçoivent un soutien multiforme de celle-ci.

Le KKE donne la priorité à une nouvelle forme de coopération et de ralliement des partis communistes et ouvriers au niveau européen, sur la base de principes communs. Aujourd'hui il y a 29 partis participant à «L'Initiative des Partis Communistes et Ouvriers d'Europe pour l'étude et l'élaboration des sujets européens et la coordination de leur action». Ce sont des partis qui ne sont pas membres ou membres à part entière du PGE, se fondant sur les principes du socialisme scientifique, unis par la vision d'une société sans exploitation de l'homme par l'homme, sans pauvreté, injustice sociale et guerres impérialistes. Dans le même temps nous avons un engagement clair à lutter contre l'UE. L'UE constitue le choix du capital et promeut des mesures favorables aux monopoles, renforce ses caractéristiques en tant que bloc économique, politique et militaire impérialiste contre les intérêts de la classe ouvrière, des couches populaires. Elle augmente les dépenses militaires, intensifie l'autoritarisme et la répression étatique. Nous croyons au droit de chaque peuple de choisir son propre chemin souverain de développement, y compris le droit de se désengager de dépendances à plusieurs niveaux vis-à-vis l'UE et l'OTAN, ainsi que le droit de choisir le socialisme.

À notre avis, tout PC européenne voulant rester fidèle à sa mission historique, en tant que parti de la classe ouvrière, de la perspective socialiste, sera contraint par les développements eux-mêmes de prendre sa place dans notre front commun contre les monopoles, le capitalisme et ses unions, comme l'UE et l'OTAN. Sinon, il va glisser, ouvertement ou non, dans un vain effort pour «humaniser» l'UE et le capitalisme. Il va perdre son identité communiste. Et par conséquent, il donnera la mauvaise réponse aux dilemmes historiques «socialisme ou barbarie?» et «réforme ou révolution?», posés par la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg dans ses écrits. Il se rangera éventuellement contre les intérêts de la classe ouvrière, du peuple, comme c’est le cas aujourd'hui, entre autres, du PGE.

UZ: Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans les élections et les luttes que 2015 apportera!